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Reportage

Liban: les manifestations sont étouffées mais des initiatives politiques émergent

La population continue de tenir les autorités pour responsables de la crise économique que traverse le pays. Ici, une rue de Beyrouth, le 28 juillet 2020.
La population continue de tenir les autorités pour responsables de la crise économique que traverse le pays. Ici, une rue de Beyrouth, le 28 juillet 2020. REUTERS/Mohamed Azakir
Texte par : RFI Suivre
3 mn

Entre la crise du coronavirus et la crise économique de plus en plus violente, le mouvement de manifestations anti-gouvernementales au Liban a été étouffé. La population continue cependant de tenir les autorités pour responsables de leur situation. Faute de manifestation, certains militants tentent aujourd’hui de transformer la dynamique en parti politique.

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De notre envoyée spéciale à Beyrouth,  Oriane Verdier

Aujourd’hui au Liban les rassemblements sont interdits pour cause de coronavirus. Les revendications du soulèvement historique des Libanais sont pourtant toujours valables.

« Les gens exigent toujours des résultats rapides, mais ce n’est pas possible au Liban, explique Adham Assanieh, un manifestant qui refuse de capituler. Le système est comme une pieuvre : il y a l’establishment politique, le secteur des banques, des médias. Mais nous sommes en train de nous organiser, nous construisons des relations à travers le Liban pour que notre mouvement soit décentralisé. Il faut que nous soyons en contact avec les acteurs locaux et non pas les partis politiques de Beyrouth déconnectés des besoins des gens. C’est primordial aujourd’hui. »

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Plusieurs initiatives politiques ont ainsi émergé des manifestations. Maroun Karam est lui à la tête du Mouvement d’octobre. Il lutte notamment contre le départ des Libanais.

« On ne peut pas forcer les gens à rester, mais on a encore de l’espoir, dit-il. Nous travaillons sur des programmes. Nous proposons une alternative politique, nous faisons notre propre travail social, nous sommes en train de construire nos propres médias. Donc nous pouvons changer les choses et c’est l’espoir que nous donnons aux jeunes et à toute la nation. »

Maroun attend le test des législatives dans moins de deux ans. Si la nouvelle génération n'est pas représentée, il quittera le pays. 

Les négociations avec le FMI au point mort

Les négociations du gouvernement avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un plan de sauvetage sont au point mort.

Pour l’économiste Dan Azzi, le problème ne pourra être réglé tant que les plus grosses fortunes libanaises n’accepteront pas de prendre leurs responsabilités dans cette crise.

« Le problème c’est que l’on importait plus que l’on exportait. Notre pays ne produit rien du tout. Pour rester à l’équilibre on survivait avec l’argent de la diaspora, les revenus du tourisme et des investissements étrangers. À un moment, la balance des paiements est devenue négative, c’est-à-dire que plus de dollars sortaient qu’ils n’entraient. C’est à ce moment que la banque centrale en 2016 a voulu attirer des dollars de l'étranger pour couvrir ce déficit. Elle payait donc des taux d’intérêts très élevés pour les dollars placés au Liban. La banque centrale a utilisé l’argent que les Libanais avaient sur leur compte pour payer ces intérêts. Maintenant la plupart decet argent a disparu. Il n’y a plus rien, donc il faut répartir les pertes. " Toi tu perds 20 toi 40 " et le problème est terminé. En réalité les pertes dans les banques ne peuvent pas être réparties entre tout le monde. Elles concernent réellement les 6 000 plus gros comptes, c’est peu. Le problème c’est que ces 6 000 personnes font partie des décideurs, des autorités, donc ils ne veulent pas assumer les pertes. »

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