Interview

Explosions à Beyrouth: «Il y a des responsables, il y a certaines négligences»

La ministre de l'Information Manal Abdel Samad aux côtés du Premier ministre libanais Hassan Diab le 24 avril 2020 à Beyrouth.
La ministre de l'Information Manal Abdel Samad aux côtés du Premier ministre libanais Hassan Diab le 24 avril 2020 à Beyrouth. DALATI AND NOHRA / AFP

Des scène d'apocalypse à Beyrouth, des ruines fumantes, des immeubles éventrés… La double explosion qui a soufflé le port de Beyrouth plonge tout le pays dans un état de sidération. Le bilan humain s'est alourdi avec plus de 100 morts et de 4 000 blessés. Manal Abdel Samad, ministre libanaise de l’Information promet de lourdes sanctions pour les responsables de la catastrophe et exclut la thèse d'un attentat.

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RFI : En ce jour de deuil national pour votre pays, avant de revenir sur les circonstances de la catastrophe et ses conséquences. J'ai envie de vous demander quel est votre sentiment ? Que ressentez-vous au lendemain de cette double explosion ?

Manal Abdel Samad : Vraiment c’est une combinaison de chagrin et même de déception parce qu’il y a quelqu’un qui est responsable de cette catastrophe et je crois que tout le monde va payer le prix, tout le monde va pâtir de cette gigantesque catastrophe, pas seulement moralement mais matériellement aussi, autant de dégâts humains et matériels. C’est vraiment un chagrin libanais. 

Comment avez-vous vécu personnellement cet évènement ? Vous étiez à Beyrouth hier ?

J’étais au bureau avec mon équipe, nous étions en train de travailler. C’était à 18 heures le soir. Et chacun de nous a cru que l’explosion était dans le même bâtiment. Mais plus tard, quelqu’un a dit que c’était au port à quelque 500 mètres du bureau. Il y a beaucoup de dégâts, même au ministère de l’Information. Et lorsque vous vous approchez du port, les dégâts sont plus rares.

Que s'est-il passé hier ? Votre gouvernement pointe la présence d'une cargaison de 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium entreposés depuis six ans dans le port. Vous n'avez pas de doute c'est un accident ?

Bien sûr, il y a des responsables, il y a certaines négligences, mais on ne peut pas anticiper les investigations qui vont avoir lieu pendant les quelques heures, les quelques jours qui suivent. Nous allons être très sévères en proposant les sanctions nécessaires pour ceux qui ont commis ce crime.

Est-ce que vous ne concluez pas trop vite ? Vous dites qu’il faut attendre les résultats de l’enquête. On a entendu hier le président américain Donald Trump dire que cela pouvait ressembler à une attaque, autrement dit en sous-titre terroriste...

On ne peut pas dire ça. Il n’y a pas de doute dans ce cas. Mais je crois que c’est mieux d’attendre les investigations pour savoir.

Combien de temps va durer l'enquête ? On parle de cinq jours avant les premières conclusions ?

Oui, mais cinq jours pour finir les enquêtes. Mais bien sûr, nous avons commencé dès la première minute, nous avons déjà commencé et nous sommes toujours sur le terrain pour savoir de quoi il s’agit. Et chacun de nous joue son rôle jusqu’à la fin.

La France envoie aujourd'hui vers le Liban plusieurs tonnes de matériel sanitaire. L’Allemagne, les États-Unis et même Israël proposent leur aide. De quoi votre pays a-t-il le plus besoin aujourd'hui ? On a vu des hôpitaux très largement débordés hier…

Oui, vraiment. Et nous apprécions cette aide qui vient de tous les pays voisins et d’autres pays. Et nous nous occupons des dégâts humains et même malgré ce qui se passe dans les hôpitaux qui sont en pleine capacité. On trouve que c’est nécessaire d’assurer une certaine aide.

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