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Jean-Marc Bonfils, l'architecte de la mémoire libanaise, est mort à Beyrouth

Le souffle de l'explosion a été ressenti dans différents quartiers de la capitale libanaise.
Le souffle de l'explosion a été ressenti dans différents quartiers de la capitale libanaise. Anwar AMRO / AFP
5 mn

Installé au Liban depuis 1995, l’architecte français Jean-Marc Bonfils est décédé dans les explosions meurtrières qui ont ravagé Beyrouth mardi 4 août. Il avait notamment pris part à des projets de restauration de bâtiments détruits pendant la guerre.

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« L’architecture, c’est un art dans le sens où l’architecte prend conscience de son environnement pour le traduire en une œuvre traduisant un sentiment et donnant une nouvelle image de cet espace », confiait Jean-Marc Bonfils au site internet agendaculturel.com

C’est dans son immeuble, le East Village, pour lequel il avait reçu le premier prix de l’Asia Architecture Award en 2015, que Jean-Marc Bonfils est décédé, emporté par la seconde déflagration de l’explosion, alors qu’il filmait en direct sur Facebook les dégâts de la première survenue dans le port de Beyrouth mardi soir. L’architecte avait choisi ce quartier, Mar Mikhaël, proche du port, pour établir son building mêlant architecture contemporaine et architecture traditionnelle libanaise.

► À lire : Explosions à Beyrouth : sidération et dévastation dans la capitale libanaise

L’East Village avait fait la renommée de son cabinet, JM Bonfils and Associates, créé en 2006 et installé à Beyrouth. C'est sur le chantier de cet immeuble de haut standing qu’Afif Tabish a fait la connaissance de Jean-Marc Bonfils en 2013. « Je l’ai rencontré en tant que client, puis notre relation a grandi avec le temps. Je travaillais pour la compagnie de construction de mon père à Beyrouth, sur le chantier de l’East Village, ce même immeuble dans lequel il vivait au 3e étage... », raconte le jeune entrepreneur, ému par la mort de celui qui était devenu un ami.

L’architecte de la mémoire

Passionné par sa ville natale, Jean-Marc Bonfils avait pour projet de lui donner un second souffle, celui de l’après-guerre. Né à Beyrouth en 1963, ce fils d’architecte étudie en France et en Angleterre avant de rentrer au Liban en 1995.

Là, il s’intéresse à la question de l’urbanisme et se penche sur le cas de plusieurs villes touristiques comme Batroun, Baalbeck ou encore Byblos. Mais très vite, Jean-Marc Bonfils se tourne vers le patrimoine des villes : la mémoire de la guerre au Liban et la trace que celle-ci peut laisser sur les bâtiments l’inspirent. L’architecte participe notamment à la restauration de bâtiments détruits par la guerre à Beyrouth, sa ville de cœur :

« Beyrouth n’a aucun critère défini, elle change par l’action de comportements à la fois collectifs et individualistes : c’est une ville de paradoxes et de paradigmes, de différentes réalités qui se rencontrent et se séparent. Il est important de le voir quand on s’attelle à la construction d’un bâtiment ici. », soulignait l’architecte sur le site agendaculturel.com

Il se consacre alors à de nombreuses activités en faveur du patrimoine : il est membre de la Fondation nationale du Patrimoine, avec laquelle il implante deux écomusées à Turbol et à Ras Baalbeck. Il conseille le ministère de la Culture et devient l’architecte de la Bibliothèque nationale du Liban ; il organise notamment une exposition sur la mémoire collective à Sursock en 1999.

« Il était intéressant et unique. Il savait ce qu’il voulait et, professionnellement, il était dur et fort, ce qui, dans le milieu de la construction est essentiel, en particulier au Liban. », se souvient Afif Tabish. « Nous avons mis près de trois ans à achever cet immeuble. J’étais dans ma vingtaine à l’époque, et ce projet restera l’une de mes plus grandes réalisations. », estime le jeune entrepreneur.

Jean-Marc Bonfils transmettait sa passion aux plus jeunes et donnait des cours à l’université américaine de Beyrouth, ainsi qu'à l’Académie libanaise des Beaux-Arts. « J'espère que lui et ses projets seront au programme des études d'architecture libanaise pour les générations futures. », souhaite Afif Tabish. 

Sur Twitter, la ministre française de la Culture Roselyne Bachelot a rendu hommage à cet architecte et artiste dévoué à sa double culture, indiquant que « La France et le Liban sont unis dans le chagrin de sa mort. »

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