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Analyse

Israël et les Émirats arabes unis annoncent leur rapprochement

Le prince héritier émirien Mohammed ben Zayed, ici en visite à Amman en Jordanie en 2018.
Le prince héritier émirien Mohammed ben Zayed, ici en visite à Amman en Jordanie en 2018. REUTERS/Muhammad Hamed
5 mn

Annonce surprise ce jeudi 13 août : celle d’un accord de paix et de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis. C’est l’administration américaine qui l’a dévoilé, promettant un accord de paix « historique » entre « deux grands amis » des Etats-Unis.

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Que sait-on exactement de ce rapprochement ?

L’accord et la normalisation annoncés seraient les premiers entre Israël et une monarchie arabe du Golfe. Le communiqué américain affirme que les deux pays ont prévu d’ouvrir des ambassades et que dès les prochains jours ils procèderont à la signature d’un certain nombre d’accords dans les domaines de la sécurité, de l’énergie, des télécommunications, de la santé, du transport aérien (avec la perspective de vols directs entre les deux pays), de l’environnement du tourisme ou encore de la culture.

Le communiqué évoque aussi une coopération immédiate entre Israël et les Émirats arabes unis pour la recherche sur des traitements et un vaccin contre le coronavirus.

Selon le communiqué américain, dans le cadre de ce rapprochement, Israël « suspend » son projet d’annexion de territoires palestiniens occupés. Mais selon le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu il s’agit seulement d’un « report ». D’après les Émirats arabes unis, Israël a bel et bien renoncé à cette idée, ce qui peut tout à fait être revendiqué comme une victoire diplomatique émirienne en faveur des intérêts palestiniens et arabes.

Y avait-il des signes avant-coureur de ce rapprochement ?

Ils se sont multipliés ces derniers mois, sur fond de pandémie de Covid notamment puisque le mois dernier déjà une société émirienne et une israélienne annonçaient qu’elles allaient travailler ensemble. On a aussi vu des avion-cargos émiriens se poser à Tel Aviv pour acheminer de l’aide aux Palestiniens pour lutter contre le virus.

Plus généralement cela fait plusieurs années que des rumeurs alimentent le scénario d’un rapprochement entre les pays du Golfe et Israël, au nom de la lutte contre l’Iran.

Quels sont les intérêts de ce rapprochement pour les uns et les autres ?

Pour Israël, il s’agit d’afficher un nouvel accord de Paix avec le monde arabe, après les traités historiques avec l’Egypte et la Jordanie, dans les années 1970 et 1990. Israël a de moins en moins d’ennemis dans le monde arabe et rêve d’un front uni contre l’Iran.

C’est aussi le calcul des Etats-Unis qui souhaitent un rapprochement entre leurs principaux alliés au Moyen-Orient : Israël d’une part et les pétromonarchies du Golfe d’autre part, toujours pour affaiblir la République islamique.

Pour les Émirats arabes unis, c’est une nouvelle affirmation de l’hyper-activité de ce pays sur la scène internationale. Avec des opérations militaires comme en Libye et auparavant au Yémen, les Emirats veulent peser sur le destin de leur région. Les Emirats multiplient également les annonces technologiques : ces dernières semaines ils ont mis en service la première centrale nucléaire du monde arabe et envoyé une sonde spatiale vers mars. Et puis ce jeudi, coup de théâtre géopolitique, avec l’annonce de cet accord avec Israël…

On voit bien ce que gagnent les Emiriens, les Israéliens et les Américains. Pour les Palestiniens en revanche les territoires occupés le restent et il n’y a dans cette annonce aucune perspective concernant leur revendication nationale d’état indépendant.

Cette annonce porte-t-elle la marque du dirigeant émirien Mohammed ben Zayed ?

Pour l’instant oui, « MBZ » comme on le surnomme, n’est que prince héritier d’Abu Dhabi et ministre de la Défense des Émirats arabes unis (une fédération de sept émirats dont Dubaï et Abu Dhabi) mais il est le véritable homme fort du pays depuis que son frère n’est plus en état de diriger pour raisons de santé.

Mohammed ben Zayed est un militaire, il déteste l’islamisme et a vécu comme un cauchemar les soulèvements arabes de 2011. C’est pourquoi, les Émirats arabes unis ont soutenu l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi en Egypte, qu’ils ont combattu la rébellion du Yémen au sein de la coalition commandée par l’Arabie saoudite et qu’aujourd’hui ils soutiennent militairement le maréchal Haftar en Libye. MBZ est aussi l’artisan du boycott du Qatar. Le quatuor Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Bahreïn, Egypte a brutalement rompu avec le Qatar en 2017, jugeant Doha trop favorable aux Frères musulmans et à l’Iran.

MBZ est très apprécié à Washington comme à Paris. Il est souvent considéré comme le mentor de Mohammed ben Salman, alias MBS, prince héritier de la puissante Arabie saoudite. La question est désormais de savoir si le royaume saoudien peut lui aussi normaliser ses relations avec Israël, au nom de la lutte contre l’ennemi commun iranien.

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