Liban: le nouveau Premier ministre s'engage à former une équipe d'«experts» réformatrice

De gauche à droite: le président du Parlement Nabih Berri, le président Michel Aoun et le nouveau Premier ministre Moustapha Adib, le 31 août au palais présidentiel.
De gauche à droite: le président du Parlement Nabih Berri, le président Michel Aoun et le nouveau Premier ministre Moustapha Adib, le 31 août au palais présidentiel. REUTERS/Mohamed Azakir

Le nouveau Premier ministre libanais Moustapha Adib s'est engagé ce lundi à l'issue de sa désignation à former en un « temps record » une équipe ministérielle formée d'« experts » et de personnes « compétentes » et chargée de mettre en oeuvre des « réformes » longtemps attendues. Moustapha Adib, adoubé par les principales forces politiques du pays, a obtenu le soutien de 90 des 120 députés du Parlement.

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Avec notre correspondant à BeyrouthPaul Khalifeh

« Le temps n’est pas aux paroles et aux promesses mais à l’action » : lors de sa première déclaration après avoir été chargé par le président Michel Aoun de former le nouveau gouvernement, Moustapha Adib a donné le ton. Il veut former une équipe homogène, composée de spécialistes.

Cet ancien professeur de sciences politiques, parachuté au poste d’ambassadeur du Liban en Allemagne, il y a 7 ans, jouit du soutien des poids lourds de sa communauté sunnite et des principaux partis politiques chrétiens et chiites. S’il n’est pas lui-même affilié à un parti politique, il est proche de l’ancien Premier ministre Najib Mikati, dont il était chef de cabinet, entre 2011 et 2014.

Il est donc soutenu par la classe politique traditionnelle, rejetée par le mouvement de contestation et par une partie des Libanais. Sa tâche s’annonce difficile. Reconstruire Beyrouth, dévasté par la double explosion du 4 août, est une priorité. Mais aussi, engager des réformes profondes pour relancer une économie détruite. Le plus important est de redonner espoir à un peuple frappé par des crises successives, depuis presque un an.

Déjà, des voix discordantes s’élèvent. Pour l’homme d’affaires Bahaa Hariri, qui dispute à son frère Saad Hariri le leadership de la communauté sunnite, Moustapha Adib n’est qu’« un autre agent de l’ancien régime ».

Le nouveau Premier ministre libanais, Moustapha Adib, s'exprime devant la presse au palais présidentiel, après sa désignation, le 31 août 2020.
Le nouveau Premier ministre libanais, Moustapha Adib, s'exprime devant la presse au palais présidentiel, après sa désignation, le 31 août 2020. REUTERS/Mohamed Azakir

► L'enjeu de la composition du nouveau gouvernement

Avec notre envoyé spécial à Beyrouth,  Nicolas Falez

Le gouvernement précédent avait démissionné suite à l’explosion qui a fait près de 190 morts le 4 août sur le port de Beyrouth. Le choix de Moustapha Adib intervient alors qu’Emmanuel Macron arrive ce lundi soir à Beyrouth, sa deuxième visite dans la capitale libanaise depuis la catastrophe. Le président français veut encourager la formation d’un « gouvernement de mission » pour décider de réformes urgentes face au naufrage économique du pays.

Mais après le choix du nouveau Premier ministre libanais, reste donc la question de la composition de son gouvernement. Pour le parti du président Michel Aoun, le Courant patriotique libre, il faudra forcément se tourner vers les partis politiques actuels, même s’ils sont contestés, explique Martine Najem, vice-présidente du CPL: « Même si il y a un changement dans le monde populaire général ça ne veut pas dire que les partis ne représentent plus la population ça a l’air un peu utopique de dire que l’on veut un gouvernement complètement indépendant, parce que d’où on va les amener ces gens, ils vont venir en parachute gouverner ? »

À Beyrouth cette semaine, Emmanuel Macron va plaider pour un gouvernement de mission. Faut-il aussi des élections législatives anticipées au Liban ? Oui selon Samy Gemayel qui préside le parti Kataeb et qui a démissionné de son mandat de député après l’explosion du 4 août: « Quand on a une crise économique de cette ampleur, quand on a une explosion de cette ampleur, quand on vit ce qu’on a vécu depuis quelques mois jusqu’à aujourd’hui, c’est normal qu’on revienne chez les gens et qu’on demande aux gens leurs avis et que les gens décident ce qu’ils veulent. »

À quelques heures de l’arrivée d’Emmanuel Macron, le puissant parti chiite Hezbollah s’est par ailleurs déclaré prêt à discuter du nouveau « pacte politique » proposé par le président français.

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