Liban: énorme incendie dans le port de Beyrouth, un mois après l'explosion

Un puissant incendie s'est déclaré ce jeudi 10 septembre sur le port de Beyrouth.
Un puissant incendie s'est déclaré ce jeudi 10 septembre sur le port de Beyrouth. AP Photo/Hussein Malla

Au Liban, un mois et une semaine après la double explosion du port du Beyrouth qui a fait 192 morts et plus de 6 500 blessés, un gigantesque incendie s'est déclaré jeudi en début d'après-midi au port de la capitale libanaise. 

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Avec nos correspondants à Beyrouth, Paul Khalifeh et Noé Pignède

On ne connaît toujours pas l’origine de cet incendie qui a ravagé les entrepôts de la zone franche du port de Beyrouth, un secteur durement touché par la catastrophe du 4 août. Les pompiers libanais ont éteint vendredi les dernières flammes du sinistre.

Les flammes se sont déclarées dans un hangar où sont stockés des pneus ou des huiles de moteur, des matières hautement inflammables. En quelques minutes, le feu s’est étendu à d’autres entrepôts provoquant un vent de panique parmi les ouvriers. Encore traumatisés par la double explosion du nitrate d’ammonium, les employés ont quitté les lieux en courant dans tous les sens.

Même spectacle dans les rues autour du port où les automobilistes ont fait demi-tour dans un grand désordre pour s’éloigner des lieux à la vue des flammes gigantesques alors qu’un épais nuage de fumée noire enveloppait une partie de Beyrouth.

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L’armée libanaise a demandé aux ouvriers d’évacuer le port et aux riverains de ne pas s’approcher du périmètre de l’incendie. La défense civile, des dizaines de camions de pompiers et deux hélicoptères de l’armée étaient toujours à l’œuvre en début de soirée pour tenter de maitriser le sinistre. Les autorités disent que le feu est maitrisé mais le vent souffle de plus en plus fort et ravive les flammes. Au moins une personne souffrant d’asphyxie a été prise en charge par la Croix-Rouge.

Sur place, la sidération et l'énervement habitent les Beyrouthins qui vivent dans l'angoisse depuis un mois, rapporte notre correspondant, Noé Pignède. « Comment cela a-t-il pu arriver à nouveau ? », entend-on. Car le feu s'est déclaré exatement au même endroit que celui d'il y a un mois. Or la zone était censée être sécurisée et sûre... « Tout le monde a paniqué, car tout le monde a cru que nous allions revivre la même chose que lors de l’explosion du 4 août, confie Rayann, sur les lieux. Malgré tous les hommes mobilisés pour sécuriser le port, ils n’ont pas pu empêcher un nouvel incendie ?! C’est complètement illogique. Mon premier sentiment, c’est que des gens ont mis le feu à ce qu’il reste du port pour détruire les preuves, et faire croire que ce qu’il s’est passé en août est un accident. »

Témoignage: «Tout le monde a fui»

Tous craignent une nouvelle explosion, alors que les sièrenes retentissent. Tous pointent aussi la responsabilité du gouvernement qui n'a pas su prévenir ce nouvel incendie. Un sentiment partagé par Imane. Derrière de larges lunettes de soleil, la jeune femme ne parvient pas à masquer des larmes de colère. « Je blâme mon gouvernement, je blâme le président Michel Aoun, et je blâme chaque responsable de ce pays. Je les blâme pour ceux qui sont morts, je les blâme pour chaque goutte de sang. Ce sont eux les coupables. C'est eux qui ont fait ça. Nous voulons savoir ce qu'il s'est passé, ce qui a causé la première explosion. Nous voulons savoir pourquoi des gens sont morts. Nous voulons la vérité. S’il y avait des preuves ici de la cause de l’explosion du mois dernier, elles sont en train de partir en fumée pour que ne ne connaissions jamais la vérité. Dans ce pays, on ne connait jamais la vérité. »

De son côté, le président Michel Aoun demande à ce que les causes de l’incendie soient connues le plus rapidement possible, et assure que les responsables auront à rendre des comptes.

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