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Entretien

«Nasrin Sotoudeh doit être libérée sans conditions», réclame son avocat

Nasrin Sotoudeh.
Nasrin Sotoudeh. نسرین ستوده
4 mn

L’avocate iranienne spécialiste des droits humains, Nasrin Sotoudeh, est incarcérée depuis plus de deux ans à Téhéran. Depuis sa prison, elle continue son combat, notamment pour les droits des prisonniers politiques et d’opinion. Et ce, aux dépens de sa santé. Mohammad Moghimi est l’un de ses avocats. Depuis l’étranger, il dénonce un acharnement du régime contre sa cliente.

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RFI : Comment va votre cliente, Nasrin Sotoudeh ?

Mohammad Moghimi : Après 46 jours de grève de la faim, elle ne va évidemment pas bien. Elle a eu des problèmes cardiaques. Sa santé s’était tellement dégradée qu’elle a été hospitalisée. Elle vient de mettre fin à la grève de la faim mais cela va prendre du temps pour qu’elle s’en remette. Par ailleurs, au vu de sa situation, elle devrait être suivie par un médecin de confiance, dans un hôpital qu’elle ou sa famille aurait choisi ou bien depuis chez elle. Mais malheureusement la loi n’est pas respectée et elle a été injustement renvoyée en prison, malgré sa mauvaise santé.

Comment cela se fait-il ?

L’hôpital Taleghani (où elle a été emmenée, Ndlr), a été choisi par le régime. Généralement, tous les prisonniers politiques sont emmenés là-bas. Le médecin de confiance de Madame Sotoudeh n’a donc pas pu avoir accès à son dossier médical. Elle n’a pas pu voir son mari. De fait, pendant tout ce temps, sa famille était interdite de visite sur ordre du procureur de Téhéran. C'est une violation de la loi et c’est inhumain.

La loi iranienne permet donc normalement à un prisonnier politique de voir sa condamnation reportée dans le cas d’une dégradation de sa santé ?

Oui, et pas seulement les prisonniers politiques. Selon l'article 502 du Code de procédure pénale tout condamné malade, physiquement ou mentalement, sur attestation d’un médecin, doit être hospitalisé et l'exécution de la peine doit être reportée jusqu'à ce qu’il se rétablisse. Et ce, quelles que soient les charges qui pèsent contre cette personne, que ce soit un prisonnier de droit commun ou un prisonnier politique. Donc la loi n’est malheureusement pas respectée dans le cas de Madame Sotoudeh.

Vous avez vous-même été arrêté en 2015 et vous êtes actuellement à l’étranger. Subissez-vous des pressions ?

Les avocats en Iran sont obligés de se taire ou alors de parler avec beaucoup de prudence. Si j’étais en Iran aujourd’hui, j’aurais sûrement été emprisonné.

Comment défendez-vous concrètement Nasrin Sotoudeh ?

Pour s’opposer au non respect de la loi, au non respect du droit à un procès équitable et parce qu’elle considère que le Tribunal révolutionnaire n’a pas de légitimité, Nasrin Sotoudeh a pris la décision de ne pas se présenter devant la Cour et a demandé à ses avocats de faire de même. Elle ne s’est donc pas opposée à la condamnation de 33 ans et 6 mois de prison ainsi qu’aux 148 coups de fouets, à quoi s’ajoutent cinq ans supplémentaires, d’une condamnation antérieure. La condamnation est donc devenue effective (…) il n’y a pas eu d’appel. Dans ce contexte, mon objectif est surtout d’informer l’opinion publique - garantie de l’application des droits de l’homme -au sein du pays et à l’international.

Y a-t-il, selon vous, un espoir de voir Nasrin Sotoudeh libérée ?

Nasrin Sotoudeh est injustement incarcérée (…) depuis le début, son arrestation est contraire à la loi et à tous les principes du droit. Il faut qu’elle soit libérée sans conditions. Mais pour l’instant, je ne pense pas que cela soit possible car le régime est en train de réprimer. La République Islamique n’a aujourd’hui plus aucune popularité. La seule voie qui lui reste pour continuer d’exister, c’est d’user de la force pour gouverner (…) C’est pourquoi il réprime et/ou arrête tous ceux qui le critiquent, ainsi que tout opposant.

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