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Analyse

Liban: la contestation s’essouffle, la classe politique s’accroche

Manifestation à Beyrouth, le 8 août 2020.
Manifestation à Beyrouth, le 8 août 2020. REUTERS/Goran Tomasevic
7 mn

Un an après la vague d’espoir suscité par le mouvement de contestation au Liban, le constat est amer.

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De notre correspondant à Beyrouth,

Le Liban traverse aujourd’hui une phase cruciale de son histoire. Ses dirigeants, les responsables étrangers et la plupart des observateurs jugent que le pays s’enfonce dans une crise tellement profonde et complexe que son existence même est en jeu.

Emmanuel Macron, qui s’est investi personnellement dans la recherche d’une issue qui permettrait au pays du cèdre de se relever l’a clairement dit : « Si nous lâchons le Liban ce sera la guerre civile. » 

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Les espoirs de changements suscités par le mouvement de contestation qui a éclaté le 17 octobre 2019 se sont envolés. La classe politique accusée de corruption et d’incurie, et dont la chute inéluctable avait été annoncée par de nombreux experts, a résisté. Sa résilience, elle le doit au système confessionnel, qui lui a permis de construire au fil de décennies une fidèle clientèle, cimentée par des réseaux d’intérêts et des allégeances communautaires, et à des erreurs fatales commises par le soulèvement populaire. 

Les deux erreurs de la contestation

Pourtant, le mouvement de contestation avait gagné la sympathie d’une majorité de la population. Chaque Libanais se retrouvait dans les revendications à caractère économique et social soulevées par les manifestants. La corruption a atteint des sommets inégalés dans le monde ; les services fournis par l’État sont d’une qualité lamentable, comme par exemple l’électricité, toujours soumise à un rationnement draconien trente ans après la fin de la guerre civile (1975-1990) ; l’ascension et la mobilité sociales sont tributaires d’un carcan confessionnel où l’allégeance au chef de la communauté ou du clan prime sur les critères de la compétence ; les grands partis traditionnels se partagent la plupart des postes au sein de l’administration, de la justice et même des services de sécurité. 
Les Libanais sont en quelque sorte otages d’un système verrouillé par une classe politique affairiste, dont la gestion incompétente et irresponsable a conduit le pays à la pire crise économique et financière de son histoire.

Cependant, le mouvement de contestation, composé d’un vaste spectre de groupes allant de la gauche à la droite en passant par les centristes, a commis deux erreurs qui ont fini par briser son élan. Premièrement, il n’est pas parvenu à se fédérer, à se structurer, à faire émerger un leadership et à s’entendre sur un programme commun. Deuxièmement, il n’a pas réussi à rallier à sa cause de larges pans de la communauté chiite qui, tout en adhérant aux revendications économiques et sociales des protestataires, reste très attachée à ses chefs, notamment le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, artisan de la libération du Liban de l’occupation israélienne, en l’an 2000. Or une partie du mouvement de contestation a décidé de croiser le fer avec les dirigeants chiites, mettant sur un pied d’égalité les hommes politiques réputés corrompus et Hassan Nasrallah. Tout naturellement, la majorité de la communauté a choisi de resserrer les rangs derrière lui. 

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C’est donc amputé d’une composante communautaire essentielle que le mouvement de contestation a poursuivi son chemin. Au fil des mois, son discours s’est progressivement politisé, faisant passer au second plan les revendications économiques et sociales. 

Les partis traditionnels se sont engouffrés dans cette fissure et chacun a utilisé la contestation pour régler ses comptes avec ses adversaires politiques. C’est ainsi que le président de la République Michel Aoun est devenu la bête noire des manifestants, alors que d’autres figures emblématiques de la classe politique, comme le leader druze Walid Joumblatt, l’ex-Premier ministre Saad Hariri ou le chef chrétien Samir Geagea étaient épargnées. 

La double explosion cataclysmique au port de Beyrouth, le 4 août, qui  a fait 200 morts, 6 500 blessés et détruit une partie de la capitale, a fait remonter à la surface les profondes contradictions politiques. La colère des gens s’est orientée vers Michel Aoun et le Hezbollah et le slogan des élections législatives anticipées a supplanté les autres revendications. À ce stade, la convergence des demandes d’une partie de la contestation et de l’opposition parlementaire (qui fait aussi partie de la classe politique honnie par les manifestants) n’échappe plus aux observateurs. 

Pas de gouvernement depuis le 10 août

À ce stade, la crise politique se manifeste par l’impossibilité de former un gouvernement pour succéder à celui de Hassan Diab, démissionnaire depuis le 10 août. Pourtant, Emmanuel Macron, le Fonds monétaire international et d’autres ont clairement dit que l’aide financière dont le Liban a urgemment besoin pour freiner la descente aux enfers est tributaire de réformes économiques et financières que seul un gouvernement efficace serait susceptible d’adopter. 

La classe politique a aujourd’hui plus peur des menaces de sanctions brandies par la communauté internationale que du mouvement de contestation. Celui-ci est tellement affaibli qu’il n’a pas jugé bon de manifester contre le retour probable aux affaires de Saad Hariri, chassé par la rue le 29 octobre 2019. 

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