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Liban: «On peut s’attendre à une guerre de tranchées entre le président et Hariri»

Après des mois de crise politique, Saad Hariri vient à nouveau d’être désigné Premier ministre, promettant un gouvernement d’experts pour sortir le Liban d’une grave crise économique et tenter de réformer l’appareil d’État.
Après des mois de crise politique, Saad Hariri vient à nouveau d’être désigné Premier ministre, promettant un gouvernement d’experts pour sortir le Liban d’une grave crise économique et tenter de réformer l’appareil d’État. REUTERS

Après des mois de crise politique, Saad Hariri vient à nouveau d’être désigné Premier ministre. Pour Jo Bahout, politologue, directeur de l’Institut Farès pour les politiques publiques à l’Université américaine de Beyrouth, cette nomination montre la résilience de la classe politique.

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Un an après sa démission forcée et des mois de crise politique, voilà Saad Hariri de nouveau Premier ministre. Il promet un gouvernement d’experts pour sortir le Liban d’une grave crise économique et tenter de réformer l’appareil d’État, condition sine qua non pour négocier une aide internationale. Saad Hariri a déjà dirigé trois gouvernements dans le passé.

RFI : La nomination de Saad Hariri n’est-elle pas un échec pour ce mouvement de contestation ?

Jo Bahout : Le symbole est très cruel pour la rue et la contestation au Liban, car ce retour de Saad Hariri intervient un an tout juste après le déclenchement de la révolution du 17 octobre, qui avait mis à bas le gouvernement d’union nationale de Saad Hariri. Un gouvernement un peu comme celui qu’il s’apprête à refaire aujourd’hui, même s’il y inclura probablement des figures non partisanes ou apparemment non partisanes. Le symbole est donc très fort.

Il souligne d’abord l’extraordinaire résilience de la classe politique qui réussit d’une certaine façon son come-back et qui a absorbé le choc de la rue. Il souligne aussi l’incapacité et la limite du mouvement populaire à avoir produit une dynamique de changement acceptable. Reste maintenant à savoir si le Premier ministre pourra former un gouvernement parce qu’il a été nommé par une très courte majorité et parce que la classe politique dans son ensemble maintient les mêmes divisions qui avaient empêché d’autres gouvernements de fonctionner.

Pourquoi nommer Saad Hariri ? On sait que le Premier ministre doit être sunnite, mais n’y a-t-il personne d’autre pour le remplacer ?

Apparemment non, puisque Saad Hariri est nommé après deux ou trois tentatives qui ont échoué au fil de cette dernière année. Après son départ, un Premier ministre pratiquement inconnu, issu de la société civile et de la technocratie universitaire, Hassan Diab, a été désigné et n’a pas fait long feu, quelques mois seulement. Après l’explosion du 4 août à Beyrouth, son gouvernement a sauté.

On a nommé ensuite un ambassadeur inconnu du grand public, Mustafa Adib, c’était l’initiative française. Il n’a pas pu former de gouvernement en raison des vetos multiples de la classe politique et probablement avec un jeu trouble de Saad Hariri qui voulait à mi-mot le voir réussir. On peut peut-être le soupçonner, mais là on rentrerait dans un procès d’intention, que lui-même a participé à cet épuisement (des candidatures, ndlr) pour garder ses chances de revenir aux affaires, ce qu’il voulait fermement depuis qu’il a quitté le sérail il y a un an.

Saad Hariri va-t-il réussir à former un gouvernement alors que d’autres ont échoué ?

Ce n’est pas sûr. Le président de la République, à la veille des consultations qui ont conduit à la nomination de Hariri a fait un discours extrêmement offensif dans lequel il a expliqué qu’il allait mettre des bâtons dans les roues de ce Premier ministre, qu’il n’était pas l’homme réformateur que la rue attendait, que la collaboration avec lui avait été décevante. Donc on peut déjà s’attendre à une guerre de tranchées entre le président et le Premier ministre, avant même la formation du gouvernement.

Deuxièmement, les mêmes raisons qui ont fait échouer Mustafa Adib dans la formation d’un gouvernement devraient se reproduire; à savoir le refus du tandem chiite de céder les portefeuilles qu’il considère comme acquis. D’ailleurs, le Hezbollah n’a pas nommé Saad Hariri. Il y a donc une certaine attente un peu hostile. Puis, les alliés politiques de Saad Hariri vont aussi l’alourdir de demandes qu’il ne pourra pas satisfaire. La mission est difficile. Certains amis politiques de Saad Hariri disent même in petto qu’il vient de commettre un nouveau suicide politique.

Si Saad Hariri arrive à former un gouvernement, quelles sont les tâches qui l’attendent ? Le Liban est dans une situation désastreuse…

D’abord il devra arrêter l’effondrement total de l’économie libanaise, l’épuisement des ressources, la fin du soutien à la livre libanaise, etc. Il aura aussi à réparer les dégâts incommensurables physiques et psychologiques de l’explosion de Beyrouth, qui traînent encore.

Ensuite, la grande tâche politique sera la réforme de l’appareil d’État et à terme la réforme du système électorale et la représentation politique d’ici deux ans. Ce sont toutes des tâches titanesques et pour certaines quasi impossibles s’il n’y a pas le renouement d’une confiance minimale entre l’État et la société – ce sera presque insurmontable – et a minima la confiance entre l’État et la communauté internationale. C’est ce que Saad Hariri espère pouvoir faire, puisqu’il considère avoir un entregent politique pour réussir là où d’autres n’ont pas pu. C’est un pari extrêmement risqué et je pense qu’il a pris un grand risque politique en acceptant cette nomination.

► À écouter aussi Liban: un an après le début du soulèvement

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