À Gaza, des restrictions pour voyager imposées aux femmes

Manifestation contre la décision interdisant aux femmes d'entrer et de sortir de la bande de Gaza sans la permission de son «tuteur», le 16 février 2021.
Manifestation contre la décision interdisant aux femmes d'entrer et de sortir de la bande de Gaza sans la permission de son «tuteur», le 16 février 2021. AP - Adel Hana

A Gaza, une décision de justice récente fait débat. Les femmes ne peuvent pas quitter l’enclave côtière sans autorisation d’un tuteur.

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Il est interdit « à une femme non mariée, qu'elle soit vierge ou non, de voyager sans permission d'un tuteur qui peut lui refuser de voyager en cas de préjudice », explique le texte de la décision signé par le président du Conseil suprême de la charia, Hassan al-Joujou. Par tuteur, il faut comprendre le père ou un frère, ou un autre parent plus agé, de sexe masculin. Cette autorisation devra être enregistrée au tribunal. Dans le libellé de la décision, on comprend aussi qu’une femme mariée doit avoir l’autorisation de son mari. 

Cette mesure s’applique aussi pour les hommes non mariés, qui peuvent se voir refuser toute sortie si leur famille n’est pas d’accord. Ils n’ont pas besoin, comme les femmes, d’une autorisation obligatoire, mais si la famille n’est pas d’accord, elle peut le faire savoir au tribunal. Il faut toutefois préciser que la possibilité de « voyager » est très limitée à Gaza, sous blocus israélien et égyptien. Quitter la bande de terre côtière est un processus ardu, coûteux et extrêmement difficile. 

Le droit des femmes mis à mal

Il y a eu des manifestations devant le bureau du Conseil suprême de la charia. Et sur les réseaux sociaux, beaucoup ont accusé le Hamas de faire reculer le droit des femmes alors que l’Arabie saoudite de son coté tente d’assouplir certaines restrictions, notamment en autorisant les femmes à conduire.

Une militante palestinienne pour le droits des femmes, Zainab al-Ghunaimi, parle même de recul dans la protection des droits de l’homme en général, car cette décision va à l’encontre de la loi fondamentale palestinienne, qui accorde une égalité des droits aux adultes. Le Front démocratique de libération de la Palestine, un parti de gauche, appelle le Hamas a revenir sur cet accord.

Une décision qui doit être reformulée

L'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'homme - un regroupement d’ONG pointe de son côté une violation du droit international. Pour Hassan al-Joujou, président du Conseil suprême de la charia, la loi coranique, cette décision est « équilibrée, conforme aux lois civiles et islamiques », selon lui, le bruit sur les réseaux sociaux est injustifié. Il explique que cette mesure a été prise suite à des incidents passés, où des filles avaient voyagé à l’insu de leurs parents, et des hommes étaient partis en laissant leur femmes et leur enfants, seuls, dans l’enclave.

Le Conseil suprême de la charia a toutefois précisé ce mardi 16 février, après toutes ces réactions, qu’il acceptait de reformuler la décision. On ne sait pas quand, ni comment pour le moment. 

Le Hamas aux manettes

Cette décision intervient au moment où les Palestiniens prévoient des élections en mai et en juillet prochain, les premières depuis 15 ans. Pour certains analystes palestiniens, il pourrait s’agir d’une mesure stratégique pour consolider le vote Hamas auprès de sa base conservatrice et religieuse. Surtout au moment où les critiques sont vives contre le gouvernement au pouvoir à Gaza.

Cette décision peut aussi avoir été prise pour tenter de limiter la sortie des femmes de Gaza, qui cherchent du travail en dehors, au moment où le taux de chômage est de 51% dans cette bande de terre côtière sous blocus. Mais cette décision tombe aussi quelques jours seulement après une campagne pour aider et sauver deux jeunes filles de Gaza. Elles essayaient de fuir la violence domestique et les abus sexuels de leur famille en quittant l’enclave.

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