Aide au Yémen: l'ONU déplore des promesses de dons «décevantes»

L'ONU avertit: 400 000 enfants de moins de cinq ans pourraient mourir de malnutrition aigüe «sans traitement d'urgence». Ici à Sanaa, le 13 février 2021.
L'ONU avertit: 400 000 enfants de moins de cinq ans pourraient mourir de malnutrition aigüe «sans traitement d'urgence». Ici à Sanaa, le 13 février 2021. REUTERS - KHALED ABDULLAH

Les promesses de dons « décevantes » pour assurer une aide au Yémen équivalent à une « peine de mort », ont regretté ce lundi 1er mars les Nations unies à l'issue d'une conférence internationale où ont été récoltés seulement 1,7 milliard de dollars, sur les 3,85 milliards espérés.

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Alors que les violences entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales s'intensifient à Marib, la Suède et la Suisse ont organisé ce lundi une réunion virtuelle afin de venir en aide au Yémen. Plus de 100 gouvernements et donateurs particuliers y ont participé.

À l'ouverture, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres avait exhorté les donateurs à assurer une aide de 3,85 milliards de dollars (environ 3,18 milliards d'euros) pour empêcher la famine d'« engloutir » le pays très pauvre de la péninsule arabique où « l'enfance est un enfer ».

« Peine de mort »

Le chef de l'ONU n'a pas été entendu. À l'issue de la réunion, seulement 1,7 milliard de dollars ont été récoltés. C'est encore moins que l'aide versée en 2020, qui manquait déjà de 1,5 milliard de dollars sur les 3,4 nécessaires. « Le résultat de la réunion d'aujourd'hui (...) est décevant », a regretté Antonio Guterres. « Des millions d'enfants, de femmes et d'hommes yéménites ont désespérément besoin d'aide pour vivre. Réduire l'aide équivaut à une peine de mort ».

Selon le décompte d'ONG, le conflit déclenché en 2014 par une offensive des rebelles qui ont conquis de vastes pans du territoire, a tué des dizaines de milliers de personnes et poussé des millions d'autres au bord de la famine. L'ONU en parle comme de la pire crise humanitaire au monde.

Selon les derniers chiffres de l'ONU, plus de 16 millions de Yéménites, soit environ la moitié de la population de 29 millions d'habitants, risquent d'être confrontés à la faim cette année. Près de 50 000 d'entre eux « meurent déjà de faim dans des conditions proches de la famine » et 400 000 enfants de moins de 5 ans pourraient mourir de malnutrition aiguë « sans traitement d'urgence ».

Course contre la montre

Chaque minute compte désormais, prévient le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires Mark Lowcock : « Il va y avoir une plus grande famine encore au Yémen, c'est ça la réalité. Ça dépend maintenant de la vitesse à laquelle les donateurs vont transférer l'argent qu'ils ont promis et des engagements futurs qu'ils pourraient prendre. La moitié des besoins humanitaires sert au Programme alimentaire mondial. Et à lui seul, le PAM a besoin de 1,9 milliard de dollars pour éviter la famine. Nous n'avons même pas ces 1,9 milliard de dollars ». 

Certains États, comme l'Allemagne, ont pourtant augmenté leurs contributions cette année, relève notre correspondant à Genève, Jérémie Lanche. Mais la plupart des gros donateurs ont coupé dans les dépenses. C'est le cas du Royaume-Uni, où la décision de Londres de réduire de plus de moitié son aide au Yémen suscite déjà la polémique. C'est le cas, surtout, des pays du Golfe, dont l'Arabie saoudite, à la tête de la coalition internationale contre les rebelles houthis. 

En septembre 2020, l'ONU a révélé que l'aide essentielle avait été supprimée dans 300 centres de santé du Yémen en raison du manque de financement, et que plus d'un tiers de ses principaux programmes humanitaires avaient été réduits ou interrompus.

(Et avec AFP)

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