Territoires palestiniens: les vaccins contre le Covid-19 ont-ils été utilisés à bon escient?

Arrivée à Ramallah du vaccin Spoutnik V russe.
Arrivée à Ramallah du vaccin Spoutnik V russe. ABBAS MOMANI AFP

Alors qu’Israël a déjà vacciné près de 50% de sa population, dans les Territoires palestiniens, les doses de vaccins arrivent au compte-gouttes et la vaccination ne concerne normalement que le personnel médical de première ligne. Un document de l'Autorité palestinienne montre cependant que d'autres personnes pas nécessairement prioritaires ont - elles aussi - été vaccinées.

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Avec notre correspondante à Ramallah, Alice Froussard

Un document publié le 2 mars par l’Autorité palestinienne montre que si 90% des 12 000 vaccins reçus a bien été donné au personnel de santé comme prévu, le reste a été réservé aux ministres, à l’équipe nationale de foot, au membre de la sécurité du bureau du président et du Premier ministre, à la cour royale jordanienne et à des étudiants qui voyageaient à l’étranger. Sur place, la colère est là, certains accusent le gouvernement d’avoir détourné des vaccins au profit des autorités.

Sentiment de trahison

De la colère, de la frustration, et surtout un sentiment de trahison. Le communiqué, publié ce mardi 2 mars par l’Autorité palestinienne pour expliquer comment ont finalement été utilisés les vaccins palestiniens a été un choc pour la population, explique Ubai al Abudeh, directeur du centre de recherche et de développement palestinien Bisan : « Donner le vaccin à des personnes qui ne sont pas dans les critères, comme le personnel de sécurité, l’équipe de football nationale, les étudiants qui veulent aller à l’étranger, tout ça a vraiment endommagé l’image de l'Autorité palestinienne aux yeux des Palestiniens. On savait pour la corruption depuis des années, mais voir qu’il y a de la corruption même sur le droit à la santé, c’est vraiment d’un autre niveau. »

Un gouvernement hypocrite

Il le précise, l’Autorité palestinienne aurait dû insister davantage et tenir Israël « responsable de l’approvisionnement en vaccin », en tant que puissance occupante selon le droit international. Mais, selon lui, cette répartition des vaccins montre surtout l’hypocrisie du gouvernement. Certains militants palestiniens appellent alors à la création d’un comité indépendant pour gérer les vaccins. Issam Aruri est le directeur du Centre d’aide juridique et des droits de l’homme de Jérusalem : « Nous avons officiellement appelé à l'ouverture d'un comité d’enquête. Et nous appelons le gouvernement à rendre des comptes, pas seulement à être transparent ». Ce sera compliqué à mettre en place, et, en attendant, les doses de vaccins se font toujours attendre.

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