Reportage

Liban: une journée de colère paralyse le pays, Aoun évoque une déstabilisation

Des pneus brûlent sur une route fermée à Beyrouth, le 8 mars 2021.
Des pneus brûlent sur une route fermée à Beyrouth, le 8 mars 2021. © Noé Pignède/RFI

Dans un vaste mouvement de colère contre l’aggravation de la crise économique et l’effondrement de la livre libanaise, des milliers de manifestants ont bloqué les principales routes du pays ce lundi. Face à la crise, aucune mesure concrète n’a été prise par le pouvoir en place. Le président de la République Michel Aoun a demandé à l’armée de rétablir le calme, mais les manifestants restent déterminés. 

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Au cœur de Beyrouth, sur la place des Martyrs, une centaine de manifestants brûlent des pneus et crient leur colère, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Noé Pignède. Rayan, 16 ans, un drapeau libanais sur les épaules, vient ici chaque soir depuis une semaine. « La situation économique actuelle devient intenable pour tout le monde, dit-il. Nous n’avons plus de quoi payer l’électricité, plus de quoi payer l’eau, plus de quoi acheter du pain. Pour l’instant, tout le monde ne meurt pas encore de faim, mais ça va venir, et nous attendons ce moment. Car quand vous avez faim, vous n’avez plus rien à perdre. »

Un discours radical, présent chez beaucoup de manifestants sur le barrage. Entouré de ses camarades, Rayan appelle à l’action violente. « J’encourage les gens à se rendre devant toutes les maisons de nos hommes politiques – le Premier ministre, le président et les membres du Parlement – pour brûler leurs maisons, les brûler, les tuer. Ils nous détruisent. Nous les détruirons. La violence est une nécessité », affirme-t-il.

À côté de lui, Ibrahim, 30 ans, veut, lui, croire à une révolution pacifique, mais dit comprendre les manifestants violents : « C’est le gouvernement qui pousse les gens à la violence quand il envoie les militaires et la police jeter des lacrymogènes sur les manifestants et les faire taire, alors qu’il veulent juste s’exprimer, raconter ce qu’ils ressentent et ce qu’ils veulent pour leur pays. »

Une semaine après le début du mouvement, les manifestants se disent déterminés à continuer de bloquer les routes. Le pouvoir en place n’a pour l’instant annoncé aucune mesure susceptible de calmer la colère.

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Tentative de déstabilisation

Pour les dirigeants libanais, le mouvement de contestation qui a paralysé le pays ce lundi n’est pas spontané ni innocent, indique notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh. Il participe d’une tentative de déstabilisation basée sur la manipulation de la monnaie nationale qui poursuit sa chute libre face au dollar.

Après une réunion d’urgence avec les hauts responsables politiques, militaires et judiciaires, le président de la République Michel Aoun a ordonné aux forces de sécurité d’empêcher la fermeture des routes, de « garantir la sécurité » des citoyens et de protéger les biens publics et privés.

Les forces de l’ordre ont été chargées de sévir contre les spéculateurs contre la livre libanaise et de fermer les plateformes électroniques qui « fixent le taux du dollar face à la livre ».

Vaste programme, difficile à mettre en œuvre, si l’on en croit le chef de l’armée. Devant des officiers supérieurs, le général Joseph Aoun a dit, ce lundi, que les militaires avaient faim comme l’ensemble de la population. Il a déploré la baisse du budget militaire alors que l’armée est confrontée à de grands défis. « Si l’armée s’effondre, c’est la fin du Liban », a-t-il dit, en révélant avoir mis en garde les dirigeants politiques contre une « situation explosive » dans le pays.

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