Jordanie: pour le roi, la crise qui a ébranlé la monarchie est «terminée»

Le roi Abdallah II de Jordanie, à la chambre des représentants à Amman, le 23 mars 2021.
Le roi Abdallah II de Jordanie, à la chambre des représentants à Amman, le 23 mars 2021. AFP - -

C'était un message très attendu. Le roi Abdallah II de Jordanie a affirmé ce mercredi 7 avril que la crise sans précédent ayant éclaté ce weekend dans cette monarchie centenaire était « terminée », précisant que le prince Hamza mis en cause se trouvait chez lui sous la protection du souverain. Sauf que le roi a fait  lire un communiqué à la télévision au lieu de s'exprimer lui-même. La forme comme le fonds ont déçu beaucoup de Jordaniens. Reste que le régime est encore lojn d'être fragilisé.

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« Je vous assure que la sédition a été étouffée dans l'œuf. Le défi de ces derniers jours n'a pas été le plus dangereux pour la stabilité du pays, mais il a été le plus douloureux pour moi », a indiqué le roi dans un message lu par un présentateur de la télévision publique.

Hamza, demi-frère du roi et prince héritier de 1999 à 2004, « est aujourd'hui avec sa famille dans son palais, sous ma protection, a poursuivi Abdallah II. Il s'est engagé devant la famille [hachémite] à suivre le chemin de ses parents et de ses grands-parents, à être fidèle à leur message et à placer l'intérêt de la Jordanie, de sa Constitution et de ses lois au-dessus de toute autre considération. »

Le roi s'exprimait pour la première fois depuis la révélation par les autorités d'un « plan maléfique » visant à déstabiliser le trône. Il a ajouté que « les parties impliquées dans cette sédition étaient de notre maison et de l'extérieur », sans préciser s'il parlait de parties extérieures à la famille royale ou extérieures à la Jordanie.

Une vingtaine de personnes se trouvent sous les verrous, dont Bassem Awadallah, un ancien chef du bureau royal honni par une grande partie de la population, et Cherif Hassan ben Zaid, membre de la famille royale qui fut un temps émissaire spécial du roi en Arabie saoudite.

La forme comme le fonds du discours du roi ont déçu beaucoup de Jordaniens, selon Camille Abescat, doctorante au CERI, centre de recherches internationales de Sciences Po, au micro d'Anissa El Jabri, du service intenertional de RFI. « Ce sont des mots qui ont touché une partie de la population, explique-t-elle. J'ai pu voir passer pas mal de messages de soutien au roi. Mais en même temps, ces messages et ces publications sur les réseaux sociaux étaient vraiment contre-balancés par de nombreux messages de déception parce que la déclaration n'apporte aucun élément nouveau sur les événements et aussi parce qu'il y avait pas mal de monde qui espérait une annonce de réformes politiques contre la corruption ou de réformes économiques. Et enfin, il y a des Jordaniens qui regrettent que les choses aient été réglées en interne, dans la famille royale, et qui considèrent que le Prince aurait du être renvoyé devant la justice comme tout citoyen normal en Jordanie. Pour ceux qui attendent des réformes, cela ne les a pas du tout convaincus. »

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« Fidèle au roi »

Le prince Hamza, qui a démenti les accusations à son encontre, a annoncé lundi sous la pression de la famille hachémite qu'il rentrait dans le rang et a promis de « rester fidèle au roi », sans toutefois faire amende honorable pour ses critiques contre le pouvoir.

Cette affaire intervient dans un contexte politique tendu dans le pays. « On est vraiment dans un moment où on a des manifestations depuis plusieurs mois, où les manifestants appellent à des réformes politiques et économiques, rappelle Camille Abescat du CERI. C'est pour cela que les mots du Prince Hamza ont vraiment résonné parmi les Jordaniens, puisqu'ils ont traduit beaucoup de choses que les Jordaniens pensaient eux aussi. Néanmoins, cette idée d'un pouvoir jordanien sur le fil et fragile est un peu une image qui colle à la Jordanie dès qu'elle traverse une crise politique. Mais le régime jordanien a su dans les trente dernières années prouver sa résilience dès qu'il fasse à des contestations. »

Le roi a reçu des soutiens de dirigeants du monde entier ces derniers jours. Le président américain Joe Biden a exprimé « le fort soutien américain à la Jordanie » et a souligné « l'importance du leadership d'Abdallah II pour les États-Unis et la région », a fait savoir la Maison Blanche dans un communiqué.

Le roi a rencontré mercredi à Amman la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui a assuré sur Twitter la volonté de l'EU de poursuivre leur « partenariat de long terme et de contribuer à la prospérité et à la stabilité ».

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