La Syrie va élire son président le 26 mai, une «mascarade» pour l'opposition

Bachar el-Assad devrait sans difficulté remporter un quatrième mandat en l'absence de compétition sérieuse.
Bachar el-Assad devrait sans difficulté remporter un quatrième mandat en l'absence de compétition sérieuse. ASSOCIATED PRESS - IBRAHIM USTA

L'élection présidentielle se tiendra le 26 mai en Syrie, où Bachar el-Assad devrait sans difficulté remporter un quatrième mandat en l'absence de compétition sérieuse dans un pays ravagé par la guerre et dirigé depuis un demi-siècle par la famille Assad.

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Âgé de 55 ans, le chef de l'État n'a pas encore annoncé sa candidature. Il avait accédé au pouvoir en 2000, après la mort de son père Hafez al-Assad, lui-même à la tête de la Syrie trois décennies durant.

Le scrutin à venir est le deuxième depuis le début en 2011 d'un conflit dévastateur qui a fait plus de 388 000 morts et jeté sur la route de l'exode des millions de Syriens, réfugiés à l'étranger ou déplacés dans des camps miséreux sur le territoire.

La date de l'élection a été fixée au 26 mai « pour les citoyens installés en Syrie », a annoncé dimanche le président du Parlement, Hammouda Sabbagh. Les Syriens vivant à l'étranger voteront dans leurs ambassades le 20 mai.

Les candidatures peuvent être déposées devant la Haute Cour constitutionnelle depuis ce lundi, et ce jusqu'au 28 avril. Pour entrer dans la course, les candidats doivent obtenir la signature de 35 des 250 députés au Parlement, pratiquement tous acquis au parti Baas de M. Assad.

Les élections vont se tenir dans les régions tenues par le pouvoir qui contrôle les deux tiers du pays. Grâce au soutien militaire de ses alliés, la Russie et l'Iran, l'armée de M. Assad, après s'être retrouvé un temps en mauvaise posture, a enchaîné les victoires depuis 2015 face aux rebelles affaiblis et aux jihadistes.

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Une « mascarade »

En 2014, la Syrie avait organisé sa première présidentielle depuis des décennies, Bachar el-Assad et son père ayant auparavant été élus lors de référendums. Cette année-là, M. Assad avait remporté le scrutin avec plus de 88% des voix. Ses deux seuls concurrents étaient des inconnus largement considérés comme des faire-valoir.

La loi électorale empêche de fait les figures de l'opposition en exil de se présenter : chaque candidat doit en effet « avoir vécu en Syrie pendant une période de 10 ans de manière continue au moment de présenter sa candidature ». En théorie, en l'absence d'une majorité absolue, un second tour doit être organisé.

Il n'y a pas de candidats de l'opposition...

Ziad Majed, professeur à l'université américaine de Paris

Réagissant à l'annonce de la date de la présidentielle, Nasr Hariri, une figure de l'opposition installée en Turquie, a dénoncé sur Twitter « une mascarade », illustrant « la déconnexion du régime des réalités du peuple syrien, qui s'est révolté contre lui ». Dans un communiqué, la principale coalition de l'opposition en exil a refusé tout scrutin auquel participerait Bachar el-Assad. En une décennie, les efforts diplomatiques parrainés par l'ONU n'ont pas permis de trouver une solution négociée au conflit, tandis que l'opposition politique en exil n'a fait que s'affaiblir.

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Les infrastructures en ruine

En mars, les États-Unis, la France, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni ont fustigé dans un communiqué commun la tenue d'une telle élection en Syrie, pronostiquant qu'elle ne serait « ni libre ni juste » et soulignant qu'elle ne devrait « pas mener à une quelconque normalisation de la (communauté) internationale avec le régime ». « Le processus politique quel qu'il soit a besoin de la participation de tous les Syriens (...) afin que toutes les voix soient entendues », ont-ils écrit.

Le conflit en Syrie a été déclenché par la répression de manifestations prodémocratie et s'est complexifié au fil des ans avec l'implication de puissances étrangères et une multiplication des factions armées et de groupes jihadistes. Après dix ans d'une violence inouïe, les combats sont devenus sporadiques et ont fortement baissé en intensité.

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La province d'Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle dans le nord-ouest du pays, échappe encore au pouvoir d'Assad. Et le Nord-Est s'est doté d'une administration autonome dominée par les Kurdes, alliés des Occidentaux.

Aujourd'hui, les infrastructures sont en ruine et l'économie s'est effondrée, sous le coup des sanctions occidentales et des effets de la crise financière au Liban voisin, selon les autorités, tandis que la monnaie nationale connaît une dépréciation inédite.

(Avec AFP)

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