Peine de mort: la Chine et le Moyen-Orient dans le viseur d'Amnesty International

La secrétaire générale d'Amnesty International, Agnès Callamard, à Paris le 6 avril.
La secrétaire générale d'Amnesty International, Agnès Callamard, à Paris le 6 avril. AP - Christophe Ena

Au moins 483 personnes ont été exécutées en 2020, révèle le rapport mondial d'Amnesty International sur la peine de mort publié ce mercredi 21 avril. Dix-huit pays continuent d'appliquer la peine capitale dans le monde. L'ONG déplore ce bilan, mais note que c'est le plus faible depuis dix ans.

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L’an passé, Amnesty International a recensé 483 exécutions dans 18 pays dans son rapport Condamnations à mort et exécutions 2020. Cela représente une baisse de 26 % par rapport aux 657 exécutions enregistrées en 2019. Ce chiffre est le plus faible que l’ONG de défense des droits humains ait enregistré ces dix dernières années. La plupart des exécutions recensées ont eu lieu en Chine, en Iran, en Égypte, en Irak et en Arabie saoudite.

C’est en Chine qu’ont été exécutées le plus grand nombre de personnes. Toutefois, « il est impossible d’avoir des chiffres précis sur l’application de la peine capitale dans ce pays, ces données étant classées secret d’État », précise Amnesty International. Le chiffre d'au moins 483 personnes exécutées dans le monde « n’inclut donc pas les milliers d’exécutions qui ont probablement eu lieu en Chine », indique aussi l’ONG.

Recours « impitoyable » au Moyen-Orient

Globalement, 88% des exécutions enregistrées ont eu lieu dans seulement quatre pays : en Iran, en Égypte, en Irak et en Arabie saoudite. « Tout au long de 2020, les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord ont fait preuve d'une persistance impitoyable et effrayante dans la mise en œuvre de plans visant à mettre des gens à mort, même pendant une année où la majeure partie du monde se concentrait sur la protection de la vie des gens contre un virus mortel », estime Heba Morayef, directrice régionale pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord à Amnesty International.

En Égypte, les exécutions ont triplé l'an dernier. « Depuis 2015 à 2019, la moyenne des exécutions était autour de la trentaine. En 2019, il y a eu 32 exécutions et là, en 2020, on grimpe à 107 », constate Anne Denis, responsable de la commission « peine de mort » pour Amnesty International France, au micro de RFI. Le début de l’année a débuté avec peu d’exécutions et puis à la fin de l’année, 57 personnes l'ont été en peu de jours.

« On a plusieurs dizaines de personnes qui ont été exécutées, qui avaient manifesté. Il y a eu des soulèvements dans les prisons. Ils ont pris ça comme prétexte pour exécuter énormément, parce qu’en Égypte, on utilise la peine de mort comme outil de terreur par rapport à la population. C’est une utilisation très politique », poursuit Anne Denis, d’Amnesty International.

Le nombre d'exécutions enregistrées au Moyen-Orient a toutefois chuté de 25%, en raison d'une baisse de 85% des exécutions en Arabie saoudite et d'une réduction des exécutions de plus de moitié en Irak.

Les États-Unis, seul pays d’Amérique à exécuter

L’Inde, Oman, le Qatar et Taïwan ont repris les exécutions en 2020. Selon Amnesty International, aucune exécution n’a eu lieu en 2020 en Biélorussie, au Japon, au Pakistan, à Singapour. Ces pays avaient tous procédé à des exécutions en 2019 et en 2018, ainsi qu’à Bahreïn où des exécutions avaient eu lieu en 2019 mais pas en 2018.

En mai, le Tchad est devenu le 21e pays d'Afrique subsaharienne à abolir la peine capitale pour tous les crimes. Aux États-Unis, le Colorado est devenu le 22e État des États-Unis à abolir la peine de mort. Les États-Unis ont été le seul pays du continent américain à exécuter des condamnés, et ce pour la 12e année consécutive. La Barbade a adopté des réformes visant à abroger l'imposition automatique de la peine capitale. Le Kazakhstan a fait un pas de plus sur la voie de l’abolition.

À la fin de l'année 2020, 108 pays – la majorité des États dans le monde – avaient aboli la peine de mort dans leur législation pour tous les crimes, et 144 étaient abolitionnistes en droit ou en pratique.

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