Israël: après le deuil, c'est le temps de l'enquête sur la bousculade mortelle au mont Méron

Après le deuil suite à la bousculade mortelle au mont Méron, les Israéliens se posent des questions sur les responsabilités concernant ce drame.
Après le deuil suite à la bousculade mortelle au mont Méron, les Israéliens se posent des questions sur les responsabilités concernant ce drame. © Oded Balilty/AP

Israël est endeuillé après le terrible drame survenu vendredi 30 avril lors d’un pèlerinage. Quarante-cinq morts, 150 blessés dont seize sont toujours dans un état grave. Une enquête est ouverte. Les télés, les radios, les journaux, tous les médias israéliens tentent de comprendre les circonstances de l’une des plus lourdes tragédies de l'histoire du pays.

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Avec notre correspondant à Jérusalem, Sami Boukhelifa

Avec cette question qui revient sans cesse : une telle catastrophe aurait-elle pu être évitée ? L’enquête, qui n’en est qu’à ses débuts, le déterminera probablement. Mais d’ores et déjà, certains éléments font surface.

Deux rapports, publiés il y a plus de dix ans déjà, pointaient des défaillances dans la sécurité de ce grand rassemblement religieux du mont Méron, dans le nord du pays. Absence de normes de sécurité, absence de coordination entre les différents organisateurs de cet évènement. En conclusion, cette gestion chaotique pourrait mettre en péril la vie des fidèles.

100 000 pèlerins dans un lieu ne pouvant en accueillir que 15 000

Selon ces deux rapports publiés en 2008 et en 2011, ce pèlerinage de Lag Ba Omer ne devait pas rassembler plus de 15 000 personnes. Lorsque le drame est survenu vendredi 30 mars, plus de 100 000 pèlerins étaient vraisemblablement présents sur le site, selon la presse israélienne.

Qui a donc bien pu autoriser un tel rassemblement ? Plusieurs médias israéliens révèlent une information importante : un influent ministre ultra-orthodoxe, donc membre de cette communauté religieuse qui participait au pèlerinage, a demandé à son collègue Amir Ohana, ministre de la Sécurité intérieure « d’autoriser l’accès [au mont Méron] à tous ceux qui le souhaitent ».

Le ministre de la Sécurité intérieure se mure désormais dans le silence. Ce proche du Premier ministre Benyamin Netanyahu, s’est contenté d’une simple publication sur Facebook « une fois que nous aurons fini d’identifier et d’enterrer nos morts, je vais prendre mes responsabilités », toutefois ajoute-t-il, « responsabilité ne signifie pas culpabilité ».

Deux enquêtes ouvertes

La police a ouvert deux enquêtes. La première sur les dysfonctionnements dans l’organisation. La seconde sur la gestion de la catastrophe, mais aucune sur d’éventuelles responsabilités politiques.

Des voix s’élèvent dans le pays pour demander une commission d’enquête indépendante, sur la responsabilité de membres du gouvernement. De quoi embarrasser le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, et son jeune lieutenant Amir Ohana, ministre de la Sécurité intérieure. Les deux hommes ne refusent rien aux ultra-orthodoxes. Car Benyamin Netanyahu a besoin du soutien de cette communauté religieuse, pour être au pouvoir.

Des ultra-orthodoxes au-delà des lois

Comme durant les confinements, l’attitude de certains groupes ultra-orthodoxes est de nouveau pointée. Ils s’affranchissent de toutes les règles imposées au reste de la société. Refus de porter le masque, refus de fermer leurs écoles talmudiques en pleine pandémie.

Et là encore, alors que les événements sportifs et culturels sont jusqu’alors soumis à des limitations en nombre de participants - pas plus de 5 000 spectateurs dans les stades par exemple – les ultra-orthodoxes eux, se rassemblent par dizaines de milliers, avec la bénédiction d’une partie du gouvernement. Le journal The Times of Israël décrit le mont Méron, lieu du drame, comme « une zone extraterritoriale où des sectes ultra-orthodoxes s’organisent comme elles veulent ».

►À lire aussi : En Israël, deuil national en hommage aux victimes de la bousculade meurtrière

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