Reportage

Tension à Jérusalem-Est devant la menace d’expulsion de familles palestiniennes

Un manifestant palestinien entre les mains de policiers israéliens à Sheikh Jarrah. Le 5 mai 2021.
Un manifestant palestinien entre les mains de policiers israéliens à Sheikh Jarrah. Le 5 mai 2021. REUTERS - AMMAR AWAD

Mercredi 5 mai au soir, 22 Palestiniens ont été blessés, et 3 arrêtés, dans des manifestations dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est où six familles palestiniennes (environ 30 personnes) pourraient devoir quitter leurs logements. Ce sont des réfugiés, chassés de chez eux en 1948, lors de la création de l’État d’Israël, et installés dans ce quartier depuis 1956. C’était suite à un accord entre les Jordaniens et l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, qui les a déclarés propriétaires de ces maisons. Mais les colons israéliens réclament les terres, font valoir leur droit au retour depuis des années devant les tribunaux israéliens, un droit que n’ont pas les Palestiniens. Tous les soirs, des manifestants palestiniens se réunissent en soutien à ces familles.

Publicité

Avec notre envoyée spéciale à Sheikh Jarrah, Alice Froussard

C’est un quartier menacé et stratégique de Jérusalem-Est, situé juste derrière la Vieille Ville. Dans cette rue de Sheikh Jarrah, il y a ces panneaux de soutien aux familles. Mais aussi cette odeur fétide, celle de l’eau usée avec laquelle les forces israéliennes aspergent les manifestants palestiniens tous les soirs.

« On se bat au tribunal depuis 1972 »

Il y surtout les habitants : Abu Elias, la jambe cassée par l’armée israélienne qui est entrée chez lui par effraction deux jours plus tôt, Nabil al Kurd, menacé à nouveau, alors qu’une de ses maisons a déjà été confisquée par le passé, et Sami Jaounni, qui craint que la Cour suprême leur demande tous de partir. « J’ai plein de souvenirs dans le quartier. Mon père est né dans cette maison. On a tous les papiers, tous ceux qui prouvent que l’UNRWA et les Jordaniens nous ont donné cette maison. Pourtant, on se bat au tribunal depuis 1972 contre les Israéliens, depuis presque soixante ans. Et honnêtement, leurs lois sont prêtes à tout pour donner toutes ces maisons aux colons. Ça devient très sérieux, j’espère vraiment qu’ils ne nous expulseront pas. ».

Tous les soirs, des militants viennent protéger les familles. Un mouvement des Palestiniens, pour les Palestiniens, car l’espoir d’un verdict favorable est mince, explique Fayrouz Sharqawi, directrice de l’organisation Grassroots al Quds. « Le nettoyage ethnique des Palestiniens de Jérusalem fait partie de la politique israélienne. Donc, ce serait naïf de croire qu’un juge israélien qui fait appliquer la loi israélienne protégera ces familles et empêchera l’expulsion de leurs propres maisons. »

Les familles de Sheikh Jarrah le précisent : cette décision est politique. Et si les colons s’emparent de leurs maisons, ces évictions continueront, dans tout le quartier.

 

Aucun accord n’a été trouvé

La Cour suprême doit se réunir ce 6 mai, avant un accord final sur les expulsions attendues très bientôt. La Cour avait cependant appelé dimanche les familles palestiniennes et les colons à trouver un accord pour éviter l'expulsion et à lui soumettre cet accord ce jeudi.

Les organisations de colons israéliens proposaient aux familles de rester, mais de leur payer un loyer, alors que les Palestiniens ont tous les papiers de propriété. Aucun accord n’a donc été trouvé. Ce jeudi donc, l’avocat des familles palestiniennes va informer le tribunal de ce non-accord.

Le verdict de la Cour peut tomber ensuite entre 24h et 48 heures, et les familles de Sheikh Jarrah le savent. « Il faut se tenir prêts. Mais cela peut prendre plus de temps que prévu, et arriver juste après l’Aïd, la fin du ramadan », disent-ils.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail