Yémen: «Gérer le Covid-19 c’est de la science-fiction»

Au Yémen, c’est impossible d’avoir les moyens matériels ou humains pour faire face au Covid-19, donc c’est de l’improvisation et les gens meurent. C’est dans une situation très difficile.
Le Covid-19 au Yémen est une source de risque parmi tant d’autres.
Au Yémen, c’est impossible d’avoir les moyens matériels ou humains pour faire face au Covid-19, donc c’est de l’improvisation et les gens meurent. C’est dans une situation très difficile. Le Covid-19 au Yémen est une source de risque parmi tant d’autres. AFP - STR

Le Yémen est en proie à une guerre meurtrière depuis fin 2014, entre les forces gouvernementales et les rebelles houthis. De nouveaux pourparlers ont eu lieu cette semaine sous l’égide de l’ONU pour tenter d’arriver à un cessez-le-feu, mais ils n’ont pas abouti.

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Fabrizio Carboni est le directeur régional pour le Moyen et Proche-Orient, au Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

RFI : De nouveaux pourparlers sous l'égide de l'ONU ont échoué cette semaine à obtenir un cessez-le-feu au Yémen. Quelle est votre réaction ? 

Fabrizio Carboni: Tout cela est d’une grande tristesse, car c’est un pays qui a un besoin urgent d’une mobilisation internationale pour répondre aux problèmes pas seulement liés au conflit, mais aussi aux défis environnementaux, le réchauffement climatique, la sécheresse, le développement, l’accès à l’éducation, etc. Les Yéménites ont droit à toutes les plaies et le conflit n’est que l’aspect visible des défis que cette société doit gérer. Le fait que le conflit continue, que la violence continue, qu’on n’enclenche pas le mécanisme de dialogue politique qui est la seule solution au Yémen est très décevant.

Le conflit s’est concentré ces dernières semaines autour de la ville de Marib, dernier bastion au nord du pays encore détenu par les forces gouvernementales et que les rebelles houthis essaient de conquérir. Quelles sont les conséquences des combats pour la population ?

La population de Marib a été déplacée, bombardée. On essaie d’être présent des deux côtés pour venir en aide à ces populations. Ce sont des populations très vulnérables, indépendamment du conflit. Devoir gérer ce déplacement, l’incertitude liée au conflit, à la destruction, ne pas savoir quand ils pourront rentrer chez eux, il y a des conséquences, au-delà de l’aspect matériel, des conséquences psychologiques largement sous-estimées. Ensuite, il y a aussi des conséquences indirectes. Par Marib, il y a une ligne logistique qui permet de faire passer des biens du Nord au Sud, et le fait qu’il y ait des combats sur cette zone rend l’approvisionnement beaucoup plus compliqué.   

Des dizaines de milliers de morts, des millions de déplacés et de la famine. L’ONU a parlé de la situation au Yémen comme de la pire crise humanitaire au monde. Qu’en est-il aujourd’hui ?

C’est très difficile de faire un classement des crises les plus importantes au monde, mais au Yémen, l’aspect malnutrition est très important. Elle est due à plusieurs facteurs : le conflit d’abord, qui fait que des zones utilisées pour l’agriculture ne le sont plus, les populations sont déplacées, les marchés ne sont plus fonctionnels, les lignes logistiques ne fonctionnent pas toujours. Ensuite, il y a la sécheresse. Enfin, quand on va sur les marchés au Yémen, c’est surprenant parce qu’il y a des marchandises, mais il y a une crise financière et économique qui fait que les gens n’ont tout simplement pas les moyens d’acheter des biens de première nécessité.

C’est pour cela que l’on demande aux parties au conflit, notamment au gouvernement du Yémen de faciliter le paiement des salaires des fonctionnaires, car cet argent permet aux familles de se payer des biens de première nécessité.

► À écouter aussi : Amnesty International: un rapport accablant sur les droits humains (2)

Le Yémen n’est pas épargné par le Covid-19, en connaît-on l’ampleur ? Comment le pays fait-il face à cela ?

C’est toujours difficile de donner des chiffres, car on n’a pas d’informations centralisées. Par nos informations sur le terrain et parce qu’on a un centre de soins à Aden pour le Covid-19, on a constaté ces derniers mois une montée en flèche du coronavirus, qui frappe durement. Si nous, en Occident on a déjà du mal à gérer des pics d’épidémie, au Yémen c’est de la science-fiction. C’est impossible d’avoir les moyens matériels ou humains pour faire face, donc c’est de l’improvisation et les gens meurent. On est dans une situation très difficile.

Le Covid-19 au Yémen est une source de risque parmi tant d’autres. Les Yéménites doivent se lever pour trouver à manger, donc hors de question de se confiner, la distance sociale est un luxe qu’ils ne peuvent pas se permettre, se laver les mains est impossible puisqu’il n’y a pas d’eau courante. Et puis il y a le conflit, l’insécurité. Donc le Covid-19 n’est qu’une source de danger parmi d’autres. On en est à la deuxième vague et c’est très préoccupant.

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