Le chef de la diplomatie turque se rend à Riyad pour rétablir des relations avec l’Arabie saoudite

Le chef de la diplomatie turque se rend à Riyad ce 11 mai 2021, une première depuis l'assassinat de Jamal Khashoggi.
Le chef de la diplomatie turque se rend à Riyad ce 11 mai 2021, une première depuis l'assassinat de Jamal Khashoggi. REUTERS - ANNEGRET HILSE

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, est attendu à Riyad ce mardi 11 mai. Ce sera la première visite en quatre ans d’un haut responsable turc dans le royaume saoudien. 

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De notre correspondante à Istanbul,

Contrairement à l’Égypte après le renversement du président Mohamed Morsi en 2013, la Turquie n’a pas rompu ses liens diplomatiques avec l’Arabie saoudite. Mais les relations entre Ankara et Riyad sont très mauvaises depuis des années, ce qui a renforcé l’isolement de la Turquie dans sa région. Aujourd’hui, le pays de Recep Tayyip Erdogan tente de rectifier le tir.

L’affaire Khashoggi en toile de fond

Les relations entre Ankara et Riyad se sont dégradées progressivement à partir des « Printemps arabes » quand la Turquie s’est mise à nourrir des ambitions de puissance dans sa région et dans le monde musulman en général. Elles se sont encore abîmées après 2017 avec la crise diplomatique opposant plusieurs pays du Golfe au Qatar – le principal partenaire de la Turquie dans sa région. Les relations, enfin, ont plongé après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul en octobre 2018. Les autorités d’Ankara ont orchestré pendant des semaines une campagne de communication visant à mettre en cause le pouvoir saoudien, en particulier le prince héritier Mohammed ben Salman. Aujourd’hui, la Turquie semble vouloir rompre l’isolement régional dans lequel elle se trouve et tend la main à plusieurs rivaux : l’Égypte et l’Arabie saoudite, donc, et même, plus discrètement, Israël et les Émirats arabes unis. La résolution de la crise du Golfe en début d’année n’a fait qu’encourager cette dynamique.

Une dynamique positive dont Ankara espère tirer les bénéfices économiques

L'économie turque est très fragile depuis au moins trois ans et la crise sanitaire n’a fait qu’aggraver cette situation. Or, la querelle avec Riyad a un impact chiffré : en raison d’un boycott non officiel des produits en provenance de Turquie, ses exportations vers le royaume saoudien ont chuté de 94 % en valeur sur l’année écoulée. Le président Erdogan, qui remettra en jeu son mandat dans deux ans, fait tout ce qu’il peut pour améliorer la situation d’ici là, sachant qu’une bonne gestion économique est la base du « contrat social » avec ses électeurs depuis plus de 18 ans. Reste à voir si l’Arabie saoudite sera réceptive à cette main tendue, elle qui considère la Turquie de Tayyip Erdogan comme un rival géopolitique, voire idéologique. Ce n’est pas gagné… Au début du mois, les autorités saoudiennes ont annoncé la fermeture de huit écoles turques dans le pays.

Un rapprochement réfléchi

Pour préparer le terrain, la Turquie a commencé à mettre en sourdine ses critiques au sujet de cet assassinat. Depuis l’ouverture du procès turc dans lequel 20 officiels saoudiens sont jugés par contumace, les autorités d’Ankara n’ont fait aucun commentaire. Récemment, le porte-parole du président Erdogan a même assuré que son pays « respectait » le verdict du procès en Arabie saoudite, pourtant qualifié de « parodie de justice » par des observateurs indépendants.

Au moment du verdict, en septembre 2020, la présidence turque avait pourtant affirmé que ce verdict était « loin de satisfaire [ses] attentes et celles de la communauté internationale ».

► À lire aussi : L'Arabie saoudite et l'Iran tentent de rétablir leurs relations diplomatiques

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