Conflit israélo-palestinien: les médias pris pour cible dans l'escalade

Journalistes dans les décombres de la Jala Tower, qui abritait les locaux de la chaîne Al-Jazeera et de l'agence AP, dans la bande de Gaza. Le 15 mai 2021, l'immeuble a été visé par un bombardement israélien.
Journalistes dans les décombres de la Jala Tower, qui abritait les locaux de la chaîne Al-Jazeera et de l'agence AP, dans la bande de Gaza. Le 15 mai 2021, l'immeuble a été visé par un bombardement israélien. AFP - MOHAMMED ABED

Dans l'escalade militaire entre le Hamas et Israël, les médias sont devenus une véritable cible. L'immeuble abritant des médias à Gaza qui a été détruit samedi 15 mai par une frappe israélienne était « une cible parfaitement légitime », a déclaré dimanche le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. L'Agence France-Presse (AFP) a proposé d'héberger ses confrères d'AP et d'Al-Jazeera

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Branle-bas de combat samedi après-midi à Gaza. Le propriétaire de la tour Jala, immeuble abritant les bureaux locaux de la chaîne qatarie Al-Jazeera et de l'agence internationale américaine Associated Press (AP), reçoit un appel le sommant d'évacuer les lieux dans l'heure. « Et de passer le mot aux autres occupants de l'immeuble parce que l'armée israélienne va le bombarder », raconte en direct sur Al-Jazeera le reporter Safwat al-Kahlout.

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Des journalistes de Gaza se massent à l'extérieur, à distance pour se protéger, afin de filmer la scène. Les minutes passent. Al-Jazeera diffuse en direct, la caméra fixant l'immeuble. Et puis boum ! Un missile fend le ciment et un champignon de fumée et de poussière pousse dans le ciel. L'immeuble n'est plus. Et ce n'est pas le premier. Plus tôt dans la semaine, des tours de Gaza abritant des bureaux de médias palestiniens, dont la chaîne al-Quds liée au Hamas, ont été détruits.

« Bouclier humain ? » 

À chaque fois, l'armée israélienne fournit à peu près la même explication : les immeubles servaient de « planques » au Hamas, qui utilisaient des journalistes comme « bouclier humain ».

Le bâtiment, qui accueillait notamment les locaux de l'agence américaine AP et la télévision Al-Jazeera, abritait également « un bureau de renseignement pour l'organisation terroriste palestinienne (...) qui prépare et organise des attaques terroristes contre des civils israéliens, a déclaré le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu dimanche sur la chaîne américaine CBS en référence au Hamas. Donc, c'est une cible parfaitement légitime ». Le chef du gouvernement d’Israël, assurant que le pays « partage avec nos amis américains toutes ces informations ».

Interrogée sur la chaîne CNN, la rédactrice en chef et vice-présidente d'Associated Press Sally Buzbee a dit ignorer quelles étaient les informations de l'armée israélienne, estimant nécessaire une « enquête indépendante sur ce qui s'est passé ». Pour le directeur du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Joel Simon, l'armée israélienne cible « délibérément les locaux des médias afin de perturber la couverture de la souffrance humaine à Gaza ». Dans un communiqué, l'ONG Amnesty International a de son côté estimé qu'une « enquête » devait être ouverte sur un possible « crime de guerre ».

L’AFP héberge ses confrères d'AP et d'Al-Jazeera

Pour leur permettre de continuer à travailler, l'Agence France-Presse (AFP) a proposé d'héberger ses confrères d'AP et d'Al-Jazeera. Le PDG de l'AFP, Fabrice Fries, a expliqué au micro de RFI comment l'agence avait pris la décision d'héberger ses concurrents.

« C’est un mouvement de solidarité assez naturel. On s’aide mutuellement, surtout dans les endroits difficiles, explique-t-il. (...) AP avait treize salariés qui, à notre connaissance, dormaient régulièrement au bureau par sécurité. Comme vous le savez, ils ont été prévenus. Ils ont eu le temps de sortir de l’immeuble. On leur a proposé de les abriter et également de mettre en pool nos flux d’images, puisqu’on continue de filmer depuis les toits et on met à disposition notre flux vidéo et photo pour qu’ils puissent continuer à travailler. »

L’AFP ne craint-elle pas que ses bureaux puissent à leur tour être la cible de bombardements ? « Il y a une petite part de calcul un peu égoïste de notre part. On se dit qu’on a fait savoir naturellement aux Israéliens qu’on accueillait les équipes d’AP et on le fait savoir par exemple, par cette interview, parce qu’on pense que les Israéliens y regarderont à deux fois avant de frapper à nouveau les équipes d’AP », admet Fabrice Fries. 

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