Israël poursuivra ses frappes sur Gaza «aussi longtemps que nécessaire», selon Netanyahu

Plusieurs habitations ont été détruites après des bombardements de l'armée israélienne sur Gaza, le 16 mai 2021.
Plusieurs habitations ont été détruites après des bombardements de l'armée israélienne sur Gaza, le 16 mai 2021. REUTERS - MOHAMMED SALEM

Le Conseil de sécurité de l'ONU tient une réunion ce dimanche 16 mai alors que les échanges de tirs entre la bande de Gaza et Israël se sont poursuivis pendant la nuit. L'armée israélienne a frappé la maison du chef du Hamas pour la Bande de Gaza, Yahia Sinwar, tandis que le mouvement islamiste a de nouveau tiré des roquettes. Samedi, c'est un immeuble de treize étages abritant le média Al-Jazeera et l'agence américaine Associated Press qui a été bombardé par Tsahal.

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Avec notre correpondant à Jérusalem, Sami Boukhelifa et notre correspondant à Tel Aviv, Christian Brunel

Encore sous le choc des bombardements israéliens de la nuit, le Dr Mohamed Abu Selmiyeh, se démène pourtant pour faire face à la situation d’urgence. Il dirige Al Shifa, l’hôpital central de Gaza. 

« Les bombardements n’épargnent personne, dénonce-t-il. Tout est détruit. Il y a des morts et des blessés partout. À l’instant 15 corps ont été amenés à l’hôpital. Et il reste encore des gens sous les décombres. Les équipes de la protection civile tentent de retrouver des survivants ou des morts sous les gravats. » 

Le Dr Mohamed Abu Selmiyeh, affirme avoir passé une nuit de terreur. Impossible de dormir sous les bombes : « Les murs de l’hôpital ont tremblé à chaque frappe. Ma famille m’a appelé… à la maison, ils étaient terrifiés, ils m’ont dit : "Le toit va s’écrouler sur nous !" Et c’était pareil partout à Gaza. Honnêtement, j’ai rarement vécu des frappes aériennes aussi violentes que celles de la nuit dernière. »

Sous blocus israélien depuis 15 ans, les habitants de Gaza sont démunis. Leur système de santé est au bord de l’effondrement. Le peu de moyens médicaux disponibles est déjà consacré à soigner les personnes atteintes du COVID-19. Gérer des centaines de blessés chaque jour est un véritable défi, confie le Dr Mohamed Abu Selmiyeh. 

Raids aériens massifs contre les tunnels du Hamas

Au septième jour d'affrontements, des dizaines de roquettes ont été tirées dans la nuit vers Israël, y compris vers Tel Aviv. Ce dimanche, l'armée israélienne en a dénombré environ 3 000 en moins d'une semaine, depuis le début du conflit. Mais la plupart ont été interceptées.

De son côté, Israël a poursuivi ses raids aériens massifs contre le réseau de tunnels creusés par le Hamas, à des fins militaires, dans la bande de Gaza. Au moins 40 Palestiniens dont huit enfants ont été tués ce dimanche dans des frappes israéliennes sur la bande de Gaza, a rapporté le ministère local de la Santé, précisant qu'il s'agissait du plus lourd bilan quotidien depuis le début du conflit lundi 10 mai. Au total, 188 Palestiniens ont été tués dont 55 enfants et 1.230 blessés depuis cette date, selon un dernier bilan palestinien.

Dans la nuit, l’armée israélienne a mené des frappes dans la région de Khan Younès dans le sud de Gaza, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Christian Brunel. Elle a ainsi détruit la maison de Yahia Sinwar, le Premier ministre du gouvernement du Hamas, présenté comme le chef du Hamas par le porte-parole de l’armée israélienne. On ignore dans l'immédiat le sort de ce haut dirigeant.

Le porte-parole de Tsahal s’est refusé à faire le moindre pronostic sur la durée des affrontements actuels. « Plus nous infligerons des dégâts au Hamas, plus la période de calme qui suivra sera longue. Il faut que le Hamas regrette d’avoir tiré la semaine dernière, des roquettes vers Jérusalem », s’est-il contenté de préciser.

Toutefois, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a déclaré samedi qu'Israël continuerait de frapper la bande de Gaza aussi « longtemps que nécessaire » et ferait tout son possible pour éviter les victimes civiles, faisant porter la responsabilité des violents affrontements des derniers jours au Hamas. « La partie qui porte la culpabilité de cette confrontation n'est pas nous, ce sont ceux qui nous attaquent », a ainsi lancé Benyamin Netanyahu.

Du côté de la Ville Sainte, plusieurs rabbins ont appelé les fidèles juifs à ne pas venir prier ce soir et demain au Mur des Lamentations, dans la vieille ville de Jérusalem, à l’occasion de la fête de Shavouot, de crainte de nouveaux tirs de roquettes.

Réunion du Conseil de sécurité de l’ONU

En tout cas, la situation inquiète de plus en plus la communauté internationale. Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit ce dimanche pour évoquer la situation et ce sera au tour des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne d'aborder le conflit lors d'une visioconférence d'urgence, a indiqué ce dimanche Josep Borrell.

Le but de cette réunion sera donc de discuter et de se mettre d’accord pour voir comment les européens peuvent contribuer à mettre fin à cette spirale de violence, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Jérémy Audouard.

Pour le moment, les 27 n’ont pas de positionnement coordonné sur le conflit. À l’échelle nationale, certains pays restent silencieux ou demandent aux belligérants de faire preuve de retenue. D’autres comme l’Allemagne, l’Autriche ou la Slovénie soutiennent ouvertement Israël et son droit à se défendre. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a appelé dimanche à la fin de la violence au Proche-Orient et exhorté Israël et les Palestiniens à reprendre les pourparlers.

Un peu plus tôt dans la semaine, le chef de la diplomatie européenne s’est entretenu avec les dirigeants israéliens et palestiniens. Il a également discuté avec les principaux diplomates du Moyen-Orient.

Et samedi, le président américain Joe Biden s’est dit inquiet de l’escalade des violences. Tous les commentateurs israéliens estiment que Joe Biden a lancé, pour la première fois depuis le début des affrontements, un sérieux avertissement à Benyamin Netanyahu, sur les limites que doivent avoir les opérations israéliennes après la destruction de l’immeuble à Gaza, qui abritait les bureaux de l’Agence de presse américaine AP.

Selon le quotidien israélien Maariv, les dirigeants redoutent désormais que les pressions américaines accélèrent la fin des attaques à Gaza avant que tous les objectifs militaires n’aient été atteints.

On peut agir en solidarité avec le peuple palestinien en renforçant et en participant à la campagne Boycott désinvestissement et sanctions (BDS) qui appelle à boycotter le régime d'apartheid israélien jusqu'à ce qu'il respecte le droit international.

Imen Habib, activiste de la campagne BDS

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