Irak: une frappe de drone turc contre un camp de réfugiés kurdes fait plusieurs morts

Des déplacés irakiens reçoivent de l'aide du Croissant-Rouge émirati dans le camp de Debaga à l'est de Makhmur, dans le nord de l'Irak, le 25 mai 2021 (image d'illustration).
Des déplacés irakiens reçoivent de l'aide du Croissant-Rouge émirati dans le camp de Debaga à l'est de Makhmur, dans le nord de l'Irak, le 25 mai 2021 (image d'illustration). Safin Hamed AFP/Archivos

Trois civils ont été tués ce samedi 5 juin dans le bombardement d'un drone turc sur un camp de réfugiés dans le nord de l'Irak, que le président Recep Tayyip Erdogan avait récemment menacé de « nettoyer » en raison de la présence du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). La Turquie n'a pas confirmé la frappe. 

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La frappe de drone a visé le camp de Makhmur, dans la province de Ninive, frontalière du Kurdistan, un camp de réfugiés établi à la fin des années 1990 par l'ONU pour accueillir des Kurdes de Turquie. La présence du PKK (Parti des travailleurs kurdes) y est bien connue. Ce sont d'ailleurs ses hommes qui gèrent les entrées et sorties du camp, indique notre correspondante à Bagdad, Lucile Wassermann.

En début de semaine, Recep Teyyip Erdogan avait comparé ce camp aux monts Qandil – situés plus à l'est au Kurdistan irakien, à la frontière avec l'Iran – la plus grande base du PKK avec ses principaux chefs qui livrent depuis 1984 une sanglante guérilla sur le sol turc ayant fait plus de 40 000 morts. 

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« Pour nous, la question de Makhmur est aussi importante que Qandil. Pourquoi ? Parce que Makhmur est presque devenu l'incubateur de Qandil (...). Si nous n'intervenons pas, cet incubateur va continuer de produire (des terroristes) », avait lancé le président turc.

La Turquie tente depuis des années d’obtenir la fermeture du camp de Makhmur. Ankara ne le considère pas comme un camp de réfugiés soutenu par les Nations unies, mais comme un camp d’endoctrinement pour le PKK,

Et c'est à ce titre que la Turquie a menacé la semaine dernière d'agir. « Si les Nations unies ne nettoient pas cet endroit alors nous nous en chargerons en tant que membre des Nations unies », avait prévenu Recep Tayyip Erdogan. La Turquie est-elle donc passé des paroles aux actes ? Ses responsables ne l'ont pas confirmé. 

Les opérations contre le PKK s'intensifient

Le PKK, qui milite pour un Kurdistan unifié à cheval sur la Syrie, la Turquie, l'Irak et l'Iran, est autant l'ennemi d'Ankara que d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien. Cette guerre fratricide entre Kurdes a fait de nouvelles victimes ce samedi matin : cinq peshmergas, les combattants du Kurdistan irakien, grand allié d'Ankara, ont été tués dans une embuscade du PKK, dans la province kurde de Dohouk, frontalière de la Turquie.

L'opération en elle-même n'est pas très surprenante. Outre les menaces, la Turquie opère très régulièrement dans le nord de l'Irak pour viser les positions du PKK. Depuis un an, ces opérations se sont intensifiées, dans les airs, mais aussi au sol. Et l'utilisation récente de drones par Ankara permet de localiser, d'identifier et d'éliminer des cibles en quelques minutes.

Son objectif est de couper les liens entre les monts Qandil et les autres bases du PKK le long de la frontière turco-irakienne, jusqu’au nord-est de la Syrie. Makhmur fait donc partie des cibles irakiennes identifiées par les autorités turques, au même titre que les monts Sinjar, remarque notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. Sous pression de son allié ultranationaliste, Recep Tayyip Erdogan pourrait décider de s’engager dans une nouvelle opération militaire d’ici aux prochaines élections, en juin 2023.

De son côté, Bagdad dénonce une violation de sa souveraineté. L'ambassadeur turc a régulièrement été convoqué par les autorités irakiennes dans le passé, mais aucune mesure majeure n'a encore été prise pour sanctionner la Turquie de ses interventions.

► À écouter aussi : Au nord de l'Irak, les civils kurdes pâtissent du conflit avec la Turquie

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