Égypte: 12 peines de mort confirmées pour des Frères musulmans

La figure des Frères musulmans égyptiens Mohamed el-Beltagi fait clignoter le symbole à quatre doigts de la manifestation de Rabaa derrière les barreaux, lors de son procès pour insulte à la justice en 2015.
La figure des Frères musulmans égyptiens Mohamed el-Beltagi fait clignoter le symbole à quatre doigts de la manifestation de Rabaa derrière les barreaux, lors de son procès pour insulte à la justice en 2015. Khaled DESOUKI AFP

En Égypte, douze peines de mort ont été prononcées lundi 14 juin contre des membres des Frères musulmans, dont deux leaders de la confrérie islamiste, ont été confirmées par une cour égyptienne, a indiqué lundi à l'AFP un responsable judiciaire.

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La Cour de cassation a également commué les peines de mort de 31 autres membres de la confrérie -ayant participé en 2013 à un sit-in islamiste au Caire où des centaines de personnes avaient été tuées par les forces de sécurité- en peines de prison à perpétuité, a précisé ce responsable.

Ceux condamnés à mort étaient accusés d'avoir « armé des gangs criminels qui ont attaqué des résidents, résisté à la police et d'avoir été en possession d'armes à feu et de munitions ainsi que de matériel pour la fabrication de bombes », selon le jugement de la Cour.

Les autres chefs d'accusation retenus incluent « le meurtre de policiers », la « résistance aux autorités » et « l'occupation et la destruction de biens publics ». Ces décisions de justice ne peuvent faire l'objet d'appels, a souligné le responsable judiciaire.

« Ces condamnations impitoyables, qui ont été prononcées en 2018 après un procès de masse grossièrement injuste, sont une tache sur la réputation de la plus haute juridiction d'appel d’Égypte et jettent une ombre sur le système judiciaire du pays », a dénoncé dans un communiqué lundi soir, Philip Luther, directeur recherche et plaidoyer pour Amnesty International au Moyen-Orient.

Organisation « terroriste »

Les Frères musulmans, aujourd'hui considérés comme une organisation « terroriste », ont été rayés du paysage politique en 2013, après le bref mandat d'un an de l'un des leurs, Mohamed Morsi. Premier président élu démocratiquement après la révolte populaire de 2011, Morsi avait été destitué par l'armée, alors dirigée par le maréchal Abdel Fattah al-Sissi -devenu depuis président-, à la faveur de manifestations de masse.

L'affaire, qui remonte à 2013 et est connue localement comme l'« affaire de la dispersion du sit-in de Rabaa », comptait initialement plus de 600 accusés. Rabaa fait référence à une place de l'est du Caire où les forces de sécurité avaient violemment attaqué et tué des centaines de personnes en une seule journée lors d'un énorme sit-in islamiste appelant au retour de Morsi.

En 2018, un tribunal égyptien avait condamné à mort 75 participants à ce sit-in et les autres à diverses peines de prison. Le fils de Morsi, Osama, avait été condamné à 10 ans de réclusion.

« Revanche »

La dispersion de ce rassemblement, organisé quelques semaines après la destitution de Mohamed Morsi, a été qualifiée par l'ONG Human Rights Watch de « tuerie de masse la plus importante de l'histoire moderne égyptienne », pour laquelle aucun représentant des autorités n'a été inquiété par la justice.

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Les autorités avaient, à l'époque, indiqué que les membres des Frères musulmans étaient armés et que l'opération de dispersion relevait du contre-terrorisme.

La confrérie des Frères musulmans, fondée en 1928, préconise de placer l'islam au centre de la vie publique. Elle a longtemps été le principal mouvement d'opposition en Égypte malgré des décennies de répression. Elle a également inspiré d'autres mouvements politiques dans le monde musulman.

L'ancien président Morsi, condamné à mort pour son rôle durant la révolte anti-Moubarak, est décédé en 2019 en plein milieu du tribunal où il était jugé.

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Khalil al-Anani, professeur de sciences politiques au Doha Institute et auteur d'un livre sur les Frères musulmans, a tweeté que le verdict de lundi faisait partie de « la revanche politique continuelle » du gouvernement « contre ses opposants politiques ».

(Avec AFP)

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