Présidentielle en Iran: les abstentionnistes, arbitres du scrutin

Ce 19 juin, les Iraniens attendent de connaître les résultats de l'élection présidentielle qui s'est tenue le vendredi 18 juin. Le grand favori est le candidat ultra-conservateur Ebrahim Raïssi qui pourrait avoir bénéficié d’un taux d'abstention record avoisinant les 60%.
Ce 19 juin, les Iraniens attendent de connaître les résultats de l'élection présidentielle qui s'est tenue le vendredi 18 juin. Le grand favori est le candidat ultra-conservateur Ebrahim Raïssi qui pourrait avoir bénéficié d’un taux d'abstention record avoisinant les 60%. AFP - ATTA KENARE

Les Iraniens attendent ce samedi 19 juin de connaître les résultats de l'élection présidentielle qui s'est tenue vendredi 18 juin. Grand favori du scrutin, le candidat ultra-conservateur Ebrahim Raïssi pourrait avoir bénéficié d’un taux d'abstention record avoisinant les 60%, selon certains sondages. Entre une désillusion profonde du peuple iranien envers la classe politique et l'invalidation de la majorité des candidats par le Conseil des gardiens de la Constitution, cette élection à creusé un peu plus encore le fossé entre les autorités et la population.

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Avec notre envoyée spéciale à Téhéran, Oriane Verdier

Dans une petite boulangerie, deux hommes ont le visage rougi par le gros four à pain en pierre devant lequel ils travaillent. Lorsqu'on leur parle de l'élection, ils froncent les sourcils: « Pour qui peut-on voter ? On en peut plus dans ce pays. Lui, il est allé voter juste pour avoir son tampon sur ses papiers », explique l’un des deux hommes en désignant son collègue. Pour ce dernier, aller voter, « ce n’est pas la mer à boire ». Dans cette boulangerie, les deux hommes expliquent que c’est pour éviter d’avoir des problèmes dans le futur. « C'est la République islamique d'Iran », finit par dire l’un d’eux.

Dans les rues de Téhéran, il n'est pas bien difficile de trouver des abstentionnistes. Mohsen n'a tout simplement jamais voté: « Pour moi qui suis villageois, ça ne change rien. C'est peut-être différent pour ceux qui vivent à Téhéran et qui ont des liens avec les hommes de pouvoir. Mais pour nous qui habitons dans une région reculée, non. Par exemple, dans notre région, on est rattaché au gaz depuis un an seulement. Avant, les routes goudronnées n'existaient pas. »

Pour cet Iranien, il y a eu nombre de conseils municipaux, nombre de présidents, mais rien n'a changé. Mohsen affirme qu'il ne savait même pas que les élections se tenaient vendredi. Il était dans son village et refuse de regarder les médias iraniens en qui il n'a pas confiance.

Ceux qui placent leur confiance dans les mains de Raïssi

Si la majorité des Iraniens a décidé de bouder les urnes, pour une partie de la population, le chef de l'Autorité judiciaire représente l'espoir d'un changement dans un pays plongé dans la crise économique. C'est le cas de Fariba Parvizi, rencontrée à la sortie d’un bureau de vote.

« J'ai les larmes aux yeux parce que notre peuple vit une situation économique terrible, déplore-t-elle. Nous savons que Ebrahim Raïssi va nous sauver. Nous avons foi en lui parce qu'il a fait ses preuves à la tête de l'Autorité judiciaire. On a beaucoup de ressources, beaucoup de capitaux, il faut les utiliser et les gérer à bon escient . On est venu voter pour Raïssi parce qu'on estime qu'il est le meilleur. Je le connais depuis des années. »

Dès qu'il s'est présenté aux élections, Fariba Parvizi s'est portée volontaire pour monter des équipes de soutien. Environ 326 bureaux populaires ont été créés à Téhéran et près de 2 000 bureaux à travers le pays pour le soutenir. Pour cette électrice, le fait de ne pas voter, c'est voter pour la situation actuelle. 

À écouter: Élection présidentielle en Iran: quelles aspirations de la jeunesse?

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