Entretien

«La mission première des services iraniens est de traquer les opposants»

La journaliste irano-américaine Masih Alinejad aurait échappé à un enlèvement par des agents iraniens.
La journaliste irano-américaine Masih Alinejad aurait échappé à un enlèvement par des agents iraniens. Getty Images via AFP - LARRY BUSACCA

La justice américaine a annoncé mardi 13 juillet avoir inculpé quatre « agents du renseignement iranien », accusés d'avoir préparé l'enlèvement à New York d'une journaliste américaine d'origine iranienne. Ces accusations sont-elles crédibles ? Quels sont les moyens dont disposent les services iraniens pour intervenir à l'étranger ?

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Les services iraniens ont-ils tenté d'enlever une Irano-Américaine vivant à New York ? Le FBI a annoncé mardi 13 juillet l'inculpation de quatre personnes présentées comme des membres d'une cellule de renseignement iranienne. Leur cible aurait été Masih Alinejad, journaliste et opposante au régime de Téhéran. Ce mercredi, la Maison Blanche « condamne catégoriquement » cette tentative d'enlèvement. Une porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères rejette, elle, ces accusations et évoque « une affirmation sans fondement et absurde ». Trois questions à Alain Rodier, directeur de recherche auprès du centre français de recherche sur le renseignement.

RFI : La justice américaine parle d’une tentative d’enlèvement de Masih Alinejad. Elle évoque aussi d’autres cibles de cette cellule dans d’autres pays, citant le Royaume-Uni ou les Émirats arabes unis. Le cas de cette journaliste opposante au régime iranien rappelle celui de Rouhola Zam, lui aussi journaliste et opposant, réfugié politique en France. Il avait été enlevé en Irak et exécuté en décembre dernier. Le régime iranien traque-t-il ses opposants dans le monde entier ?

Alain Rodier : Oui, mais c’est le cas depuis la révolution islamique de 1979. La mission première des services iraniens est de traquer ses opposants. Et quelques fois malheureusement de les liquider. Je vous rappelle l’affaire Chapour Bakhtiar qui a été assassiné le 6 août 1991 en France. Il y en a eu bien sûr beaucoup d’autres. Vous avez évoqué le cas de Rouhola Zam qui, lui, a été attiré dans un traquenard. Il s’est rendu volontairement à Bagdad où il a été enlevé par les services iraniens : il est bien plus facile de passer en Iran depuis l’Irak.

Donc une des missions premières des services secrets iraniens est de s’occuper de leur opposition à l’étranger. Mais vous signaliez aussi que cette équipe de quatre personnes préparait aussi des actions dans d’autres pays. Je pense que ça fait beaucoup de missions pour peu de personnes.

Vous évoquiez Chapour Bakhtiar. Il n’a pas été le seul opposant iranien assassiné en Europe dans les années 90. Aujourd’hui, on parle plutôt d’enlèvements d’opposants. Est-ce que le mode opératoire a changé ?

Les Iraniens se sont rendu compte qu’assassiner des opposants sur le sol étranger était contre-productif et qu’il valait mieux pour le régime les rapatrier en Iran. Cela dit, si j’ai une petite méfiance à l’heure actuelle par rapport à cette affaire, c’est que Washington cherche par tous les moyens à diaboliser Téhéran. Surtout leurs services de renseignement dans la mesure où ces agences voient d’un très mauvais œil le rapprochement avec Téhéran à travers les négociations sur le dossier nucléaire.

L’affaire est réelle : les quatre individus ont bien été identifiés et une citoyenne iranienne résidente en Californie a bien été arrêtée. Mais à partir d’éléments extrêmement réels et tangibles, j’ai l’impression qu’on invente un peu une fable destinée à diaboliser un peu plus Téhéran.

Quels sont les moyens dont disposent les services de renseignement pour toucher des dissidents qui vivent en Europe ou dans des pays qui ne figurent pas parmi leurs alliés ?

Ils ont le ministère du Renseignement et les services de ce ministère. Comme n’importe quel service de renseignement, ils travaillent depuis les représentations diplomatiques : les agents sont quasi officiels dans les pays. Mais quand il y a vraiment une opération à mener, ce sont plutôt les services de renseignement dépendant des Gardiens de la révolution qui sont à l’action. Ils ont effectivement des capacités d’agir, mais ce type envisagé d’opération est extrêmement complexe.

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