Comment l'Iran compte contourner le détroit d'Ormuz avec son nouvel oléoduc

Un drapeau iranien près d'une plateforme de pétrole à Soroush dans le golfe persique.
Un drapeau iranien près d'une plateforme de pétrole à Soroush dans le golfe persique. REUTERS/Raheb Homavandi

L'Iran a construit un oléoduc de 1 000 kilomètres et un nouveau terminal pétrolier en mer d'Oma pour exporter son pétrole en contournant le détroit d'Ormuz, qui est le point de passage stratégique pour les exportations pétrolières des pays du Golfe Persique.

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Avec notre correspondant à Téhéran,

L'objectif de l'Iran est de pouvoir exporter une partie de son pétrole à partir du terminal pétrolier de Jask, en mer d'Oman, et de contourner ainsi le détroit d'Ormuz.

Une grande partie du pétrole exporté depuis le Moyen-Orient vers les pays d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Nord passe par ce détroit d'Ormuz, qui relie le Golfe Persique à la mer d'Oman. C'est une zone très sensible et où patrouillent de nombreux navires de guerre étrangers, notamment américains.

Ces derniers mois, il y a eu plusieurs incidents graves dans cette région entre des navires américains et des patrouilles des Gardiens de la révolution. Et les deux pays se sont trouvés au bord de la guerre au moins deux fois depuis juin 2019.

Dans un premier temps, l'Iran va donc pouvoir exporter 350 000 barils de pétrole depuis le terminal de Jask. Mais d'ici mars 2022, ce volume passera à un million de barils. Téhéran gagnera du temps pour exporter son pétrole et en même temps ne dépendra plus du seul terminal de Kharg qui est situé dans le Golfe Persique.

Contourner les sanctions américaines

Frappé par les sanctions américaines qui l'empêchent d'exporter son pétrole, l’Iran espère aussi que la construction de cet oléoduc et du terminal pétrolier change quelque chose. Avant l'imposition des sanctions américaines en 2018, l'Iran exportait en effet deux millions et demi de barils de pétrole par jour. Mais en contournant le détroit d'Ormuz, il sera plus facile pour Téhéran de contourner aussi les sanctions américaines.

Car l'Iran est un grand pays pétrolier et possède de nombreux gisements. Les réserves prouvées de pétrole classent le pays au quatrième rang dans le monde avec environ 200 milliards de barils. C'est donc une industrie stratégique pour Téhéran. En juin, l'Iran a produit deux millions et demi de barils de pétrole, selon l'Opep.

Mais pour l'instant, les exportations pétrolières du pays sont limitées à moins d'un million de barils par jour à cause des sanctions américaines mais le ministre iranien du Pétrole a affirmé que l'Iran pourrait tripler ses exportations si les sanctions étaient levées.

Le pétrole, un argument pour les négociations internationales

L'Iran peut-il retrouver le niveau de ses exportations d'avant les sanctions américaines ? Depuis avril dernier, l'Iran est engagé dans des négociations à Vienne avec les grandes puissances, c'est-à-dire la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Russie et la Chine et indirectement les États-Unis pour faire revivre l'accord nucléaire de 2015. Un accord qui permettra la levée des sanctions américaines et la limitation du programme nucléaire de Téhéran.

Ces négociations ont fortement progressé mais elles sont pour le moment suspendues en attendant la prise de fonction du nouveau président conservateur iranien Ebrahim Raissi. Elles pourraient donc reprendre en septembre prochain. Et il ne fait pas de doute que l'Iran va revenir sur le marché pétrolier et profitera à ce moment du nouveau terminal pour exporter plus facilement son pétrole.

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