Arabie saoudite: un journaliste soudanais en prison pour avoir critiqué le royaume

Vue aérienne de Riyad, capitale de l'Arabie saoudite.
Vue aérienne de Riyad, capitale de l'Arabie saoudite. AFP - FAISAL AL-NASSER

La justice saoudienne a condamné à quatre ans de prison un journaliste soudanais vivant dans le pays. Ahmad Ali Abdelkader, âgé de 31 ans, avait été arrêté en avril dernier. Sa condamnation a été prononcée le 8 juin mais révélée uniquement cette semaine par l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch. Il lui est reproché une série de tweets et d'interviews télévisées dans lesquels il critiquait l'action de l'Arabie saoudite au Yémen et au Soudan.

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Ahmad Ali Abdelkader était accusé d'avoir « insulté les institutions et les symboles de l'État » et d'avoir « parlé de manière négative des politiques du royaume », a précisé HRW dans un communiqué. Les accusations sont basées sur des tweets et des interviews dans lesquels il a exprimé son soutien à la révolution soudanaise de 2018-2019 et a critiqué les actions de l'Arabie saoudite dans son pays d'origine ainsi qu'au Yémen, selon le communiqué.

Pour Hiba Zayadin, chercheuse à Human Rights Watch (HRW), la condamnation Ahmad Ali Abdelkader marque la volonté de faire taire toute voix dissonnante en Arabie saoudite depuis la désignation du nouveau prince héritier en 2017.

« Comme c'est le cas généralement quand il s'agit de liberté d'expression, les charges étaient toutes incroyablement vagues, explique-t-elle au micro de Guilhem Delteil, du service International de RFI. Il a été accusé d'insulter les institutions de l'État et leurs politiques, de parler négativement des politiques du royaume. En Arabie saoudite, il n'y a pas de code pénal écrit. Donc souvent, les juges vont créer des accusations qui ne sont pas des crimes reconnaissables en droit international. »

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« Récit inventé par l'État »

Ahmad Ali Abdelkader a été arrêté à l'aéroport de Jeddah le 19 avril et s'est vu refuser l'accès à un avocat pendant le procès, précise HRW. Il a été détenu pendant vingt jours dans un poste de police de Jeddah, puis au centre de détention d'Al-Shumaisi, près de La Mecque, avant d'être déféré devant un juge, selon l'ONG.

Abdelkader a travaillé en Arabie saoudite pendant cinq ans entre 2015 et 2020, puis est retourné au royaume en avril avec un nouveau visa de travail. Il a été arrêté à son arrivée dans le pays.

« Ce que nous voyons maintenant, poursuit la chercheuse de l'ONG, c'est que pour les autorités saoudiennes, quiconque critiquant les politiques saoudiennes, même à la marge, et est à portée de main d'une manière ou d'une autre, ils vont le rechercher et ils vont essayer de le faire taire. Car ils ont un seul récit - un récit inventé par l'État - qu'ils veulent faire passer sur la scène internationale et tout ce qui ne sert pas ce récit doit être réduit au silence. C'est le cas depuis que Mohamed Ben Salman a pris le pouvoir. » 

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