Les immigrés au Liban, victimes fantômes de l'explosion du 4 août

Vue aérienne de l'épicentre de l'explosion du port de Beyrouth, le lundi 4 août 2020.
Vue aérienne de l'épicentre de l'explosion du port de Beyrouth, le lundi 4 août 2020. REUTERS/Mohamed Azakir

Le Liban commémore ce mercredi l’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020. Ce jour-là, des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium explosent dans un hangar, ravageant une large partie de la ville. Dans ce bilan de 191 morts et de 6000 blessés, selon les chiffres officiels du gouvernement libanais publié en septembre dernier, bien des noms manquent au registre des victimes.

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Avec notre correspondant à Beyrouth, Noé Pignède

Dans son petit appartement de l’Est de Beyrouth, Mariam nous reçoit à la lueur d’une bougie. Femme de ménage philippine, elle a perdu l’une de ses amies dans l’explosion du port. Mais un an plus tard, son nom n’apparait toujours sur aucun registre de victimes.

« Elle s’appelait Mila Soumalako. Elle avait la soixantaine et vivait au Liban depuis trente ans. Elle rentrait du travail à pied, et soudain, il y a eu l’explosion. Elle est morte sur le coup. Tout le monde la surnommait "grande sœur Mila", ou "madame Mila", par respect, parce qu’elle était plus âgée que nous. C’était une femme bien, qui travaillait dur pour ses enfants et ses petits-enfants au pays. Elle devait prendre sa retraite en décembre dernier, et les retrouver pour de bon. Elle est rentrée dans un cercueil. »

Selon plusieurs ONG, le nombre de décès - 191 officiellement - serait en fait beaucoup plus élevé : des dizaines de personnes, notamment des migrants, n’ont pas été comptabilisées.

Concernant l’enquête en cours, Mariam n’attend rien de l'État libanais, qui discrimine depuis des décennies les travailleurs migrants. Elle accuse le système judiciaire de nier la mort de son amie Mila, comme de 28 autres victimes de nationalités étrangères.

« Les Libanais réclament justice pour les victimes de l’explosion, mais seulement pour leurs concitoyens. Les employées de maison étrangères ne sont pas incluses dans le processus. Nous ne sommes même pas dans la liste des victimes ! Même morts, nous ne sommes pas considérés comme des êtres humains. »

► Réécouter : Liban: le calvaire des employées de maison africaines

Un racisme pleinement assumé par certains hommes politiques. Une proposition de loi a même récemment été déposé par un député appartenant au parti du président Michel Aoun pour exclure officiellement les personnes non-libanaises du plan d’indemnisation des victimes du 4 août. 

► Lire aussi : Explosion du port de Beyrouth: «Les responsables libanais savaient qu’il y avait un risque»

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