Liban: la «guerre civile» virtuelle fait rage sur les réseaux

Les stations d'essence vides sont un sujet d'affrontements sur les réseaux sociaux au Liban.
Les stations d'essence vides sont un sujet d'affrontements sur les réseaux sociaux au Liban. AFP - ANWAR AMRO

Le Liban est frappé par l’une des pires crises au monde, selon la Banque mondiale. L’effondrement du « pays du cèdre », longtemps appelé la « Suisse du Proche-Orient », a été brutal. Pauvreté, pénuries, inflation, disparition des filets sociaux, blocage politique, les Libanais n’ont aucun répit. Les crises s’enchaînent et l’État, très affaibli, n’a plus de réponses. Seule l’armée, qui maintient tant bien que mal sa cohésion, empêche un recours à grande échelle à la violence politique et communautaire.

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De notre correspondant à Beyrouth,

Malgré la gravité de la crise, l’ampleur des contradictions entre les forces politiques, et les interférences étrangères, les débordements violents ont pu être contenus jusqu’à présent. Mais internet, les Libanais s’affrontent sans aucune retenue à travers des échanges d’une virulence inouïe. Lorsque l’on parcourt les réseaux sociaux et les plateformes de dialogue, on réalise à quel point le fossé qui sépare les Libanais est profond. L’impression qui se dégage est celle d’une guerre civile virtuelle, où les mots et les images remplacent les armes et les bombes.

Les accusations de trahison, de manque de patriotisme, de collaboration avec des puissances étrangères fusent de partout au même titre que les appels à la partition du pays, ou au recours aux armes.

Au bord de l’explosion…

Chaque événement donne lieu à des affrontements épiques qui mobilisent ce que l’on appelle ici les « armées électroniques », c’est-à-dire les partisans des différentes formations politiques, qui créent des hashtags, publient des commentaires et des images, partagés des dizaines de milliers de fois, à longueur de journée.

L’ambiance malsaine sur les réseaux sociaux traduit ainsi la profondeur des ressentiments et la gravité de la situation. Le Liban semble au bord de l’explosion. L’un des derniers affrontements virtuels porte sur l’annonce jeudi 19 août par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, du prochain appareillage pour le Liban d’un navire iranien transportant du mazout. Cette démarche controversée a, une nouvelle fois, pointé les divisions interlibanaises aussi bien au niveau de la classe politique que de la population, entre partisans et opposants à l’arrivée sur le marché de carburant iranien.

Ceux qui appuient cette décision ont lancé le hashtag « le navire de la promesse authentique », une allusion au fait que Hassan Nasrallah tient toujours ses promesses.

« Nous sommes en enfer »

La réaction de l’ancien Premier ministre Saad Hariri, qui a accusé dans un longtweet le Hezbollah d’exposer le Liban à des sanctions américaines, a suscité des réactions contradictoires. Sous le hashtag « Nous sommes en enfer », la journaliste Hala Saghbini a exhorté le chef de l’État à empêcher l’arrivée du mazout iranien, pour épargner au Liban des sanctions américaines.

Un partisan des Forces libanaises Elie Abdo a accusé le parti chiite d’avoir fait passer en contrebande en Syrie le carburant subventionné pour ensuite en importer d’Iran. L’internaute a reproché au président Michel Aoun de n’avoir le courage ni de lutter contre la contrebande, ni d’empêcher l’accostage du navire iranien. Il a terminé son tweet par le hashtag « le mandat de l’humiliation », partagé des centaines de fois.

Le député Jamil Sayyed a dénoncé ceux qui se sont insurgés contre l’initiative du Hezbollah tout en gardant le silence face à la violation, jeudi soir, par des avions israéliens de l’espace aérien libanais pour mener des raids en Syrie.

Le hashtag « le Grand Satan » a aussi fait son apparition après l’annonce par l’ambassadrice des États-Unis à Beyrouth, Dorothy Shea, que son pays avait décidé d’aider le Liban à faire face à la crise énergétique. Une annonce intervenue quelques heures après celle de Hassan Nasrallah.

Ces échanges illustrent une ambiance lourde et tendue, mais malgré toutes ces épreuves, les Libanais n’ont pas perdu leur sens de l’humour. Ils trouvent le moyen de faire une blague ou une plaisanterie même dans les situations les plus difficiles. Comme ce commentaire de Karim Makdissi, professeur à l’université américaine de Beyrouth, qui a tourné en dérision la pénurie de carburant en écrivant qu’ « avant tout autre pays de la planète, le Liban atteindra le mois prochain zéro taux d’émission de carbone ».

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