Entretien

Fabrication d’un missile hypersonique par l’Iran: «Cette annonce n’est pas très crédible»

Le général Amirali Hajizadeh, le commandant de la Force aérospatiale des Gardiens de la Révolution, le 9 février 2022 (image d'illustration).
Le général Amirali Hajizadeh, le commandant de la Force aérospatiale des Gardiens de la Révolution, le 9 février 2022 (image d'illustration). AFP - -

L'Iran a affirmé jeudi avoir fabriqué un missile hypersonique. « Ce missile balistique hypersonique peut contrer les boucliers de défense anti-aérienne », a déclaré le général Amirali Hajizadeh, le commandant de la Force aérospatiale des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran. Anlyse avec Héloïse Fayet, chercheuse au Centre des études de sécurité de l’IFRI, l’Institut français des relations internationales.

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RFI : L'annonce de l'Iran qui dit avoir fabriqué un missile hypersonique est-elle crédible ?

Héloïse Fayet : Cette annonce n’est pas très crédible tout simplement parce que la technologie hypersonique, au sens d’un missile étant capable de manœuvrer dans l’atmosphère en évitant d’être détecté, est très difficile à maitriser. Même des pays extrêmement développés sur le plan de l’armement, comme la France, la Chine, les États-Unis et la Russie, ont des projets hypersoniques qui n’ont pas encore été tous testés. Et d’ailleurs, l’Iran a fait cette déclaration sans qu’on ait pu voir l’arme en elle-même, qu’il y ait eu de test. Enfin, l’infographie qui circule sur les réseaux sociaux pour montrer le missile est en fait une image de missile américain datant d’il y a plusieurs années, donc tout ça permet de dire que l’annonce n’est pas très crédible.

Pourquoi faire cette déclaration maintenant ?

Il faut comprendre cette déclaration dans un contexte géopolitique plus large. On sait depuis quelques semaines que les Émirats arabes unis, un adversaire de l’Iran au Moyen-Orient, ont déployé sur leur territoire un système de défense anti-missiles israélien très performant. Donc là, très clairement, c’est un message adressé aux Émirats et plus largement à Israël, voire à l’Arabie saoudite ou à d’autres pays qui seraient tentés de s’équiper d’un système israélien ou américain, pour dire que potentiellement, l’Iran peut percer ces défenses. Même si encore une fois la technologie hypersonique est très difficile à maitriser et qu’il est très peu probable que l’Iran ait réussi à développer un tel missile. D’autant plus que l’Iran dispose d’un programme avéré de missiles balistiques qui peuvent déjà être assez efficaces pour percer certains systèmes de défense.

Y a-t-il aussi des raisons internes pour faire cette annonce même si elle vous parait peu crédible ?

Ça ne me semble pas forcément lié à la situation interne (Ndlr: les manifestations anti-régime), ce n’est pas ça qui va créer à nouveau l’unité dans le pays (…) Mais au-delà de cet aspect de pouvoir percer les défenses au Moyen-Orient, il y a aussi une volonté en Iran de pouvoir promouvoir son industrie de l’armement à l’étranger. Et ça se voit très bien dans le contexte de guerre en Ukraine où l’Iran s’est présenté comme une aide à la Russie en exportant des drones et des missiles balistiques de courte portée. Par contre, plus de la moitié des drones iraniens ont déjà été détruits par les systèmes ukrainiens, donc ils ne sont pas si performants que l’Iran voudrait le faire croire. Et on peut imaginer que les missiles balistiques iraniens et d’éventuels autres objets développés peineraient face à des systèmes de défense occidentaux.

Le directeur général de l'AIEA (l’Agence internationale de l’énergie atomique), Rafael Grossi, a estimé que cette annonce « renforçait les inquiétudes » concernant le programme nucléaire iranien. Pourquoi ?

L’AIEA se dit inquiète dans le contexte global des négociations sur le nucléaire iranien qui n’avancent pas du tout, et on peut comprendre son inquiétude. Ça reste aussi le rôle de l’AIEA de rappeler que même une annonce peu crédible doit tout de même être entendue. Mais surtout, l’AIEA craint le programme spatial de l’Iran. Début octobre, l’Iran avait tiré, cette fois avec succès et de façon visible, un nouveau satellite et là, on sait que cela peut être utilisé dans un éventuel programme de missiles avec une charge nucléaire. C’est donc plutôt ce contexte global de poursuite par l’Iran de ces tests, de ses déclarations autour de ces programmes de vecteurs qui inquiète l’AIEA.

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