Reportage

Syrie: des déplacés victimes des frappes turques

Des enfants réfugiés dans une école près d’Abu Rasayn, en janvier 2023.
Des enfants réfugiés dans une école près d’Abu Rasayn, en janvier 2023. © Murielle Paradon/RFI

La Turquie a lancé fin novembre des frappes sur le nord de la Syrie. Même si elles ont baissé en intensité par rapport au mois dernier, les civils en subissent toujours les conséquences. Avec les destructions, certains ont dû fuir et trouver des abris de fortune, en plein hiver. Reportage dans une école près d’Abu Rasayn.

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de nos envoyés spéciaux, avec la participation de Jiwan Mirzo

L’école est située en pleine campagne, à quelques kilomètres de la frontière turque. Le bâtiment est désaffecté et en piteux état. Il sert aujourd’hui de refuge à des familles qui ont fui les destructions dans leur ville d’Abu Rasayn, située juste sur la ligne de front.

Keffieh sur la tête, Moudjbel Hamid vit avec sa femme et ses six jeunes enfants dans l’une des salles de classe. « Ma maison a été détruite par des bombes, maintenant on vit dans cette école, dit-il. Nous n’avons pas les moyens d’aller dans une grande ville pour louer une maison, c’est pourquoi on est ici. »

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Les conditions sont spartiates : quelques matelas et quelques casseroles, dans cette pièce aux vitres à moitié cassées. Il fait froid et Daha, l’épouse de Moudjbel, se presse avec les enfants autour du poêle. « Chaque famille vit dans une pièce, il y a la cuisine et les lits dedans, explique-t-elle. Il fait si froid qu’on a toujours le poêle allumé. On a 150 litres de fioul pour tout l’hiver et ce ne sera certainement pas suffisant. »

La famille de Moudjbel Hamid réfugiée dans une école.
La famille de Moudjbel Hamid réfugiée dans une école. © Murielle Paradon/RFI

Dans la salle de classe à côté, Nada, enveloppée d’un long voile, s’est installée avec ses cinq enfants. À part quelques dons des voisins du village, il n’y a pas d’aide humanitaire, se plaint-elle. « La situation est très dure, personne ne nous aide, c’est tellement dangereux qu’aucune ONG ne veut venir, assure la jeune femme. On voudrait qu’on nous emmène ailleurs. Mais on n’a pas de soutien. »

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Les civils, premières victimes du conflit

Sa voisine Houda s’inquiète surtout pour ses enfants. Ils sont traumatisés par les bombardements, raconte-t-elle. Elle aussi est originaire d’Abu Rasayn. Sa maison a été détruite et elle est venue se réfugier ici.

« Bien sûr, c’était horrible au début. Les enfants avaient peur, ils ne dormaient pas du tout. Nous leur disions : "C’est bien ici, vous pouvez dormir", mais comme nous-mêmes nous étions inquiets et ne dormions pas, ils n’y arrivaient pas. » Mais les bombardements se sont aussi approchés de l’école où ils sont réfugiés. « Quand ça arrive, on met les matelas sous les escaliers et les enfants dessus. »

Ahmed, lui, va de refuge en refuge au gré du conflit syrien. Il est parti de Rais al Aïn lorsque cette ville a été occupée par les Turcs après l’opération de 2019. Il est donc allé à Abu Rasayn mais il a été à nouveau rattrapé par la guerre. Ce futur père de famille se dit épuisé par la situation. « C’est vraiment un problème international, je ne veux pas parler de politique, mais il y a beaucoup de forces en présence : les Turcs, les Russes, les Américains, les Syriens, toutes ces parties sont impliquées et s’opposent les unes aux autres, avance-t-il. Personne n’a les mêmes idées, alors quelle est la solution ? Nous, nous sommes des réfugiés, les civils sont victimes de cette guerre. »

Les destructions sont nombreuses dans la ville d'Abu Rasayn, ici en janvier 2023.
Les destructions sont nombreuses dans la ville d'Abu Rasayn, ici en janvier 2023. © Murielle Paradon/RFI

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Les militaires, eux, sont sur plusieurs fronts. C’est ce qu'explique Syamand Ali, qui nous reçoit, vêtu de son treillis, dans son bureau à Hassake. Il est porte-parole des forces kurdes, les YPG : « Nos positions ont été ciblées par les Turcs, les forces de sécurité qui gardent les prisons des jihadistes et le camp d’Al-Hol. Huit membres des forces de sécurité ont été tués. On doit donc choisir entre protéger les centres de détention des membres de l’État islamique et monter au front contre les Turcs ! C’est très compliqué. »

Les forces kurdes qui contrôlent le nord-est syrien sont prises entre deux feux. Elles demandent davantage de soutien de la communauté internationale.

Syamand Ali, porte-parole des YPG.
Syamand Ali, porte-parole des YPG. © Murielle Paradon/RFI

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