Gaza: deux ONG israéliennes dénoncent un «génocide» dans l'enclave palestinienne

C’est un pavé dans la mare qu’ont lancé lundi 28 juillet deux ONG de défense des droits de l’homme en Israël. Alors que les gazaouis sont affamés par des mois de blocus israélien et que le bilan humain approche les 60 000 morts, deux organisations de défense des droits humains israéliennes, « B'Tselem » et « Médecins pour les droits de l'homme », accusent leur pays de génocide à Gaza. Une première du genre pour des organisations israéliennes.

La famine s'installe à Gaza
La famine s'installe à Gaza AP - Jehad Alshrafi
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« Rien ne vous prépare à réaliser que vous faites partie d'une société qui commet un génocide. C'est un moment profondément douloureux pour nous », confiait lundi 28 juillet Yuli Novak, directrice exécutive de l'organisation B'Tselem. En Israël, pays fondé au lendemain du génocide des Juifs d’Europe, meurtri par les attaques du Hamas du 7 octobre, le débat semble quasi impossible. Après des mois à compiler des milliers de données, de témoignages, B'Tselem publie cette conclusion sans équivoque : Israël « mène une action coordonnée visant à détruire intentionnellement la société palestinienne dans la bande de Gaza ». Un constat tiré en même temps par l'ONG « Médecins pour les droits de l'homme-Israël » qui a étudié en détail le démantèlement des systèmes de santé, mais aussi l’accès à l’eau, la nourriture et l’électricité à Gaza.

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Deux ONG israéliennes dénoncent un «génocide» à Gaza, les habitants de Jérusalem réagissent

Michel Paul

Des actes « génocidaires »

Pour Guy Shalev son directeur, Israël a commis 3 des 5 actes définis comme génocidaires par l'article II de la Convention de 1948 sur le génocide. « C’est l’article qui traite des destructions des conditions de vie, de telle façon qu’elles ne permettent pas la survie du groupe. Il n’y a plus de dialyse, plus de traitements oncologiques, plus de traitement du diabète. C’est une atteinte systématique, durable, aux infrastructures d’hygiène et de santé publique. Comment les gens sont-ils censés pouvoir survivre sans soins, sans infrastructures minimales ? », demande le médecin. Pour les ONG, l’intention génocidaire est aussi constituée à travers les discours de nombreux responsables. Un aspect qui fait toujours débat chez les juristes.

La population israélienne est-elle disposée à entendre cela ? Menahem Klein, politiste israélien, parle de génocide depuis des mois, contre son milieu universitaire « tétanisé », explique-t-il. Il constate avec amertume que le discours de l’armée est le seul vraiment audible, surtout via la télévision, très suivie en Israël. « Pour l’instant, il n’y a pas de débat. Il y aurait plutôt un déni. Ce qui domine le discours, c’est la réponse de l’establishment ; le gouvernement et l’armée qui disent : "qu’est-ce que c’est que cette histoire, il n’y a pas de famine à Gaza". Ce déni de réalité, c’est le premier ressort », appuie le politiste.

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Déni israélien

Il y a aussi une conviction bien ancrée en Israël, c’est que le pays possède « l’armée la plus morale du monde ». Une croyance d’autant plus forte que ceux qui sont envoyés à Gaza pour répondre à l’agression du 7 octobre, vécue comme existentielle, ce sont les frères, les enfants et les sœurs. Porter un discours aussi peu audible dans leur pays est un combat, disent ces ONG. Mais, rappellent-elles, la pression de la communauté internationale, si elle était engagée contre le gouvernement israélien, serait leur meilleure alliée dans cette bataille.

Depuis quelques semaines, il semblerait néanmoins que les Israéliens soient davantage exposés aux crimes commis par leur armée à Gaza. « Je pense que nous n’aurions pas publié un tel document si nous n’avions pas pensé qu’il y a des gens prêts à écouter, explique Guy Shalev de Médecins pour les droits de l'homme-Israël. Notre espoir, c’est que ceux qui prendront totalement au sérieux, ce document, le liront, paragraphe après paragraphe, verront ce que nous voyons ».

À Gaza, la qualification de «génocide» est débattue, mais le consensus s'étend chez les juristes

Selon la Convention de 1948, un génocide est caractérisé d'abord par des actes : le meurtre, l'atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale, la soumission du groupe à des conditions d'existence qui peuvent entrainer sa destruction, ou encore l'intentionnalité. C'est ce critère qui ne fait pas consensus chez les juristes, comme l'explique Johann Soufi, spécialiste en droit international.

« Pour qualifier, et pour condamner un individu pour crime de génocide, il faut que vous soyez convaincu au-delà de tout doute raisonnable que l'intention qui animait le responsable en question, dans cet exemple prenons Benyamin Netanyahu, était une intention génocidaire et pas une autre intention – par exemple attaquer une population pour des raisons politiques ».

Malgré la difficulté à matérialiser l'intentionnalité, les actes ne laissent plus de doute chez les juristes. « Il n'y a absolument plus aucun doute chez tous les juristes crédibles pour considérer qu'à minima, on a des crimes de guerre et contre l'humanité à Gaza, ce qui est déjà extrêmement grave, il n'y a pas de hiérarchie dans les crimes, et qu'on est a minima sur un risque extrêmement plausible de génocide ».

Dès 2024, la Cour internationale de Justice, à la demande de l'Afrique du Sud, a rendu plusieurs décisions demandant à Israël d’empêcher d’éventuels actes de « génocide ». 

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