Israël

Elections en Israël: Netanyahu repart pour un tour

Le Premier ministre Benyamin Netanyahu salue ses partisans au quartier-général du Likoud, le 18 mars 2015.
Le Premier ministre Benyamin Netanyahu salue ses partisans au quartier-général du Likoud, le 18 mars 2015. REUTERS/Amir Cohen

C'est une grande victoire pour le Likoud, malgré les pronostics. Le parti conservateur de Benyamin Netanyahu remporterait 29 sièges sur les 120 au Parlement après le dépouillement de 99% des bulletins de vote. L'Union sioniste, formation de centre gauche, qui était donnée en tête des intentions de vote, n'en aurait que 24. Son leader, Yitzakh Herzog, a d'ores et déjà félicité son adversaire pour sa victoire.

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Les Israéliens sont allés voter hier, mardi 17 mars, sur fond de sondages donnant l'avantage à la formation de centre gauche. Ils sont allés se coucher avec des estimations donnant un résultat serré entre les deux principales formations.

Mais ce matin, c'était la surprise au réveil, explique ce mercredi notre envoyé spécial à Jérusalem, Nicolas Falez. Le Likoud de Benyamin Netanyahu est largement en tête selon des résultats quasiment définitifs et on voit mal ce qui l'empêcherait de former le prochain gouvernement. 

Cela serait son quatrième mandat depuis 1987 et son troisième mandat consécutif depuis 2009. Benyamin Netanyahu arborait d'ailleurs un large sourire au côté de son épouse Sarah cette nuit à Tel Aviv lorsqu'il est venu remercier les militants de son parti. 

« Maintenant, nous devons mettre en place un gouvernement fort et stable qui prendra en compte les besoins en matière de sécurité et de bien-être social de tous les citoyens d'Israël », a lancé l'ancien Premier ministre, qui se donne deux à trois semaines pour former son nouveau gouvernement.

Quelle coalition pour gouverner ?

Réécoutez l'édition spéciale «Elections israéliennes» ce matin (8h-9h heure de Paris)

Le Likoud victorieux de Netanyahu ne devrait rencontrer aucun problème pour former une coalition. Il ne manque pas de partenaires potentiels pour former un gouvernement nationaliste qui reposera sur une base parlementaire stable, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.

Le Premier ministre pourra conserver au sein de son parti les portefeuilles des Affaires étrangères et de la Défense nationale. Seule concession : le ministère des Finances, qu’il devra remettre à Moshe Kahlon, un ancien du Likoud qui a créé son parti Kulanu il y a six mois, devenu en quelque sorte le faiseur de rois… 

Parmi les alliés naturels du Likoud, il y a notamment Habeit Hayehudi, « le Foyer juif », en français. Un parti nationaliste religieux dirigé par Naftali Bennett, fervent partisan de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est et farouchement opposé à la création d’un Etat palestinien.

Autre partenaire très marqué à droite : le parti ultra-nationaliste Israel Beitenou d’Avigdor Lieberman, au discours populiste stigmatisant la minorité arabe d’Israël. Ces dernières années, Lieberman occupait le poste de ministre des Affaires étrangères. Il demande aujourd’hui celui de la Défense. 

Les deux principaux partis religieux ultra-orthodoxes, celui des juifs orientaux et celui des ashkénazes, pourraient aussi se joindre à la coalition. D’intenses négociations sont déjà en cours. Même si officiellement c’est le président qui doit donner le coup d’envoi de ces tractations. A noter : le score de la liste unifiée arabe qui devient le troisième groupe parlementaire à la Knesset. Une première dans l’histoire politique d’Israël. 

Pour ce qui est des dossiers intérieurs, Benyamin Netanyahu ne pourra pas effacer d’un coup de baguette magique les revendications économiques et sociales qui ont dominé la campagne.

A l’international, la question se pose de la manière dont Benaymin Netanyahu va poursuivre sa bataille contre le « mauvais accord » qui se dessine, selon lui, entre l’Iran et les grandes puissances. De même que celle de son attitude vis-à-vis des Palestiniens. Lui qui a promis dans les tous derniers jours de campagne de s’opposer à la création d’un Etat palestinien… 

Herzog souhaite « bonne chance » à son rival

La victoire annoncée de Benyamin Netanyahu a eu l'effet d'une douche froide pour le camp travailliste. L'ancien ambassadeur d'Israël en France, Daniel Shek, explique le score du Likoud par la surenchère droitière dont a fait preuve le chef du parti consevateur durant la campagne. 

« Netanyahu a toujours essayé de faire peur à ses électeurs. Il a eu un grand succès, il a paniqué pendant la semaine dernière, il a mis le paquet sur la peur : attention la gauche va venir, elle va brader Israël, elle va brader nos intérêts, elle va s’allier avec les Arabes, etc... »  

Yitzakh Herzog, leader de l'Union sioniste avec Tzipi Livni, a, quant à lui, d'ores et déjà appelé Benaymin Netanyahu pour le féliciter, en lui souhaitant « bonne chance ».


Les Israéliens ont dû se brancher sur internet et sur les médias électroniques pour comprendre ce matin l’ampleur du retournement qui a eu lieu pendant la nuit, nous relate notre correspondant Michel Paul.

La presse écrite n’a pas réussi à mettre à jour ses titres et ils en disent long. On parle à Jérusalem ce mercredi matin du changement qui n’a pas eu lieu. Un commentateur fait remarquer qu’Israël est en fait divisé en deux pays, avec, bien sûr, un très net avantage pour la droite nationaliste. 

Un journal résume la situation en deux mots percutants : « Bibi Boum ». Autre analyse : c’est une nouvelle chance qui est donné au Premier ministre sortant, mais ce pourrait être la dernière. Israel Hayom, le quotidien proche du parti au pouvoir, s’en prend une fois de plus ce matin aux journalistes. « Les Israéliens ont tranché contre l’avis de la presse », proclame le quotidien gratuit.

Autre commentaire notable : c’est le changement du seuil d’éligibilité qui est passé à plus de 3 % qui a bouleversé la donne. Il a notamment permis à la liste arabe unifiée un bond en avant sans précédent. Et puis dans Haaretz, ce titre de l’éditorial du journaliste Gidon Levi : « Il n’y a rien à faire... Il va falloir changer le peuple, changer l’électorat en Israël ».

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