Ça fait débat avec Wathi

Pas de paix durable sans emplois, sans diversification économique et sans formation

Audio 03:39
Gilles Yabi, responsable du Think tank Wathi
Gilles Yabi, responsable du Think tank Wathi © Samuelle Banga

Les chefs d’État des pays membres du G5 Sahel et leurs partenaires se sont réunis le 16 février dernier à N’Djamena, au Tchad. Pas d’annonces spectaculaires pendant ce rendez-vous qui était très attendu, pas de réduction des effectifs militaires de l’opération Barkhane, mais des orientations à saluer dites-vous sur les questions de gouvernance, de réforme des États et de la protection des civils.

Publicité

Oui, en réalité, malgré quelques débats politiques en France sur une possible réduction de la présence militaire française au Sahel, il n’y avait aucune raison de s’attendre à un désengagement militaire de la France au moment même où celle-ci multipliait les efforts pour mobiliser plusieurs autres pays européens dans la force Takuba. Dans ce contexte, l’hypothèse d’un désengagement militaire significatif français à court terme n’était pas crédible.

Sur le plan militaire, ce qui est intéressant dans les conclusions du sommet, c’est l’engagement des États du G5 Sahel de renforcer et de moderniser leur outil de défense, grâce à des réformes de la gouvernance du secteur de la sécurité. On parle enfin explicitement de la nécessité « d’améliorer la gestion des ressources humaines, d’accroître la transparence, y compris financière ». Après les scandales récurrents de malversations dans la gestion des budgets de défense dans plusieurs pays du Sahel, c’est un bon signe que cette question soit mise sur la table, même pudiquement. La corruption tue dans tous les domaines, et encore plus vite lorsqu’elle touche le secteur de la sécurité.

Il est aussi rassurant que le communiqué du sommet souligne le renforcement nécessaire de la lutte contre l’impunité au sein des forces armées. La mise en place par la Force conjointe du G5 Sahel d’un Mécanisme d’Identification, de Suivi et d’Analyse des Dommages causés aux civils de la Force conjointe et le développement d’une Stratégie de Protection des Civils vont incontestablement dans la bonne direction. Il restera à évaluer de manière régulière les changements de comportements des forces armées sur le terrain.

Vous vous réjouissez aussi tout comme les organisations de la société civile, membres partenaires de la Coalition citoyenne pour le Sahel dont Wathi fait partie, de la priorité désormais accordée au redéploiement des administrations et des services de base au profit des populations.

Oui, les chefs d’État se sont engagés à élaborer des stratégies interministérielles ambitieuses de redéploiement de l’État et des services aux populations. Ces annonces vont dans le bon sens. Il ne faut cependant pas oublier que l’élaboration de stratégies et de plans d’action ne produit des résultats sur la vie des populations que si les plans sont mis en œuvre sur le terrain.

C’est pour cela qu’il faut se pencher de manière spécifique sur les modalités concrètes et réalistes de renforcement à court et à moyen terme des capacités des administrations, au niveau des ressources humaines chargées de l’exécution et pas seulement de la planification.

Et il faut peut-être aussi arrêter de distraire une grande partie du temps et de l’énergie des fonctionnaires par la prolifération des cadres institutionnels, des plans d’action et des dispositifs de gestion de projets alimentée par la multiplicité des partenaires.

Les chefs d’État du G5 Sahel et leurs partenaires se sont aussi félicités du renforcement des actions de développement, et des 17 milliards d’euros mobilisés pour de multiples projets. Le développement économique reste donc aussi une priorité.

Absolument et il faut saluer cette mobilisation. Il faut cependant aller au-delà de la logique de projets spécifiques et chercher à créer une dynamique productive ancrée dans la transformation des ressources naturelles des pays de la région. Il faut aussi connecter le court, le moyen et le long terme par des investissements massifs dans les systèmes d’éducation et de formation notamment professionnelle des jeunes.

Ces questions seront débattues par des acteurs économiques ouest-africains lors d’une table ronde virtuelle que Wathi organise le 24 février. Il n’y aura pas de paix solide et durable au Sahel sans création d’emplois, sans diversification économique et sans renforcement de l’intégration régionale à l’échelle de toute l’Afrique de l’Ouest.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail