Ça fait débat avec Wathi

Pour des États stratèges, des champions régionaux et des choix économiques autonomes

Audio 04:37
Gilles Yabi, responsable du Think tank Wathi
Gilles Yabi, responsable du Think tank Wathi © Samuelle Banga

Wathi a organisé, il y a quelques jours, une table ronde virtuelle sur le thème des leçons de la crise sanitaire pour les économies ouest-africaines et les propositions de Wathi y ont été soumises au débat avec quatre personnalités du monde de l’économie et de la recherche. Des échanges riches marqués par un fort engagement.

Publicité

Notre démarche consiste à ébaucher des pistes d’action et à les soumettre au débat public en donnant autant la place aux experts, aux acteurs qu’aux citoyens qui doivent dans notre conception d’une démocratie substantielle participer pleinement à la réflexion collective. Nous avons été fort bien servis par nos quatre invités.

Au-delà de l’expertise sur les différentes questions économiques abordées, ce qui sautait aux yeux, c’était le sentiment partagé par tous de l’impératif d’une construction prioritaire par les femmes et les hommes de la région des économies qui répondent aux besoins de nos sociétés, des économies qui reposent autant sur l’esprit d’initiative et la passion des entrepreneurs privés que sur des États organisés, agiles, stratèges.

Un de nos invités, Seydou Ra-Sablga Ouedraogo, économiste burkinabè qui dirige l’institut Free Afrik, a insisté sur ce besoin d’États qui soient capables de mobiliser et de stimuler l’intelligence collective. L’action des États est indispensable, par exemple, pour faire émerger des champions nationaux et régionaux, donc des grandes entreprises dans des secteurs stratégiques, capables d’entraîner les autres.

Cette idée de champions nationaux, qui ne seraient cependant pas le produit d’un capitalisme de copinage autour de clans familiaux proches des pouvoirs politiques, a été évoquée et soutenue par les autres intervenants comme Mossadeck Bally, fondateur du groupe hôtelier ouest-africain Azalaï et Evelyne Tall, qui siège au conseil d’administration de trois grandes institutions financières africaines après avoir été numéro deux du groupe panafricain Ecobank.

Vous avez aussi beaucoup parlé d’infrastructures. Quelles sont les idées majeures qui sont ressorties des discussions ?

D’abord un sentiment d’urgence. Madame Tall a expliqué avec justesse que les défis étaient tels pour les pays ouest-africains qu’on n’avait pas besoin de la crise de la Covid-19 pour avoir un sentiment d’urgence. Les déficits en matière d’infrastructures sont un obstacle permanent à toutes les ambitions de transformation de nos économies. Et on peut difficilement établir des priorités. Madame Tall a insisté sur l’accès à l’eau qui est vital autant pour la santé que pour l’activité agricole, pastorale et industrielle. Mossadeck Bally a rappelé que sans énergie à faible coût et disponible, il faut aussi oublier l’industrialisation. Madji Sock a estimé quant à elle que l’accès à internet devait maintenant être considéré comme un droit.

Avec la crise sanitaire, la digitalisation est devenue une exigence dans tous les secteurs bien au-delà des activités purement économiques. Mossadeck Bally a par exemple souligné l’importance de la digitalisation pour réduire significativement les lourdeurs administratives et la corruption. Parlant des infrastructures de transport, il a trouvé scandaleux que le train ne circule plus entre Dakar et Bamako. Il y a de nombreux autres exemples déroutants. Cela nous ramène à ce qu’on appelle trop gentiment le manque de volonté politique.

Ce qui est aussi ressorti de ce débat, c’est le fait de se libérer des dogmes

Tout à fait. Seydou Ouedraogo dit par exemple clairement qu’il est inconséquent de s’enfermer dans des normes bancaires qui n’ont pas de fondement scientifique et qui sont adaptées à des économies déjà industrialisées. Il estime qu’il faut construire des institutions endogènes qui permettront de financer les économies africaines.

Evelyne Tall a mis le pied dans le plat en prônant la création de grandes banques nationales de développement. Après tout, a-t-elle rappelé, la France a bien créé en 2013 une Banque publique d’investissement et beaucoup d’autres pays à revenu élevé continuent de soutenir activement leurs économies.

Cette liberté de penser hors des carcans, on devrait la retrouver lors de notre prochain rendez-vous virtuel ce 2 mars, autour cette fois des politiques de prévention en matière de santé publique. La réforme des systèmes de santé, c’est évidemment la toute première leçon majeure à tirer de la crise sanitaire.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail