Ça fait débat avec Wathi

Au Sahel, changer les priorités et les indicateurs de progrès

Audio 02:54
Gilles Yabi, responsable du Think tank Wathi.
Gilles Yabi, responsable du Think tank Wathi. © Samuelle Banga

Soutenu par une coalition de 48 organisations, le rapport « Sahel : ce qui doit changer » présente des recommandations concrètes aux gouvernements de la région et à leurs partenaires internationaux pour une réponse plus efficace qui permette de stabiliser la région.

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Le Think tank WATHI est membre de cette coalition citoyenne et soutient ce rapport officiellement publié le 15 avril. Pourquoi ?

Nous soutenons pleinement ce rapport qui ne se contente pas de dresser un bilan plutôt préoccupant des actions civiles et militaires engagées dans les pays du Sahel au cours des dernières années, mais qui propose une redéfinition des priorités, formule des recommandations spécifiques et propose de nouveaux indicateurs pour apprécier les résultats des actions menées dans la région. Le constat initial est clair, c’est celui d’une dégradation continue de la situation sécuritaire et d’une hausse spectaculaire du nombre de victimes civiles de la violence multiforme au Sahel. 

Le décompte macabre était pour la seule année 2020 de 1019 attaques et 2312 civils tués  au Burkina Faso, au Mali et au Niger, soit 85 attaques et 193 décès par mois en moyenne. Et une majorité de ces morts de civils est imputable aux forces de défense et de sécurité de ces trois pays et aux milices dites d’autodéfense qui se sont aussi multipliées au cours des dernières années et sont venues s’ajouter aux groupes armés se revendiquant du jihadisme. 

Vous recommandez donc de placer la protection des civils au cœur de la nouvelle approche de résolution des conflits au Sahel 

Tout à fait. La coalition citoyenne qui entend exprimer les préoccupations des populations civiles des pays du Sahel et notamment des régions les plus impactées par l’insécurité, estime qu’il faut arrêter de mesurer les progrès principalement en termes de neutralisation de chefs et de combattants de groupes armés terroristes. Il faudrait plutôt les mesurer en termes de réduction du nombre d’attaques contre les civils, de rétablissement d’une sécurité minimale permettant de rouvrir les écoles et les centres de santé par exemple. Le rapport propose de se donner comme objectif une baisse de 50% des attaques contre les civils commises par des membres des Forces de défense et de sécurité et une baisse de 20% des attaques commises par les milices d’auto-défense d’ici octobre 2021. 

Les recommandations sont adressées en premier lieu aux responsables politiques et militaires des pays du Sahel mais aussi aux forces internationales nombreuses sur le terrain, qu’il s’agisse de la MINUSMA, de l’opération Barkhane, de la taskforce Takuba. La coalition estime qu’elles doivent montrer l’exemple en partageant les bonnes pratiques de protection des civils, notamment en termes de transparence et d’engagement communautaire. 

On n’arrêtera pas de le répéter : tout ce qui nourrit l’absence de confiance voire l’hostilité entre les forces de défense et de sécurité et les populations civiles, est du pain béni pour tous les ennemis de la paix dans la région. 

Le rapport met aussi un accent particulier sur l’impératif de lutter contre la corruption dans le domaine de la défense et de la sécurité et demande un renforcement des appareils judiciaires 

Oui, nous rappelons que des cas de détournement de fonds et des malversations diverses dans l’attribution de marchés d’équipements militaires, s’élevant à plusieurs centaines de millions d’euros, ont été signalés quasiment dans tous les pays du Sahel au cours des dernières années. 

La coalition propose comme indicateur de mesure des progrès, la conclusion d’enquêtes impartiales et indépendantes et l’ouverture de procès dans les trois pays d’ici octobre 2021, pour mettre fin à l’impunité de ceux qui profitent du contexte dégradé de leur pays pour s’enrichir de manière illicite, privant de ressources précieuses leurs propres appareils de défense et de sécurité. 

Lutter contre l’impunité aussi bien pour les violations graves des droits humains que pour les  crimes économiques requiert un investissement beaucoup plus important dans les appareils judiciaires des pays du Sahel. Et c’est aussi une des recommandations clés de ce rapport. 

► Le rapport « Sahel : Ce qui doit changer » est disponible sur le site de la coalition citoyenne pour le Sahel 

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