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Reportage Afrique

Éthiopie: les tensions restent entre communautés religieuses

Audio 02:25
Le Cheikh Ahmed Ali devant l'une des mosquée en reconstruction dans la ville de Mekane Yesus, en région Amhara.
Le Cheikh Ahmed Ali devant l'une des mosquée en reconstruction dans la ville de Mekane Yesus, en région Amhara. RFI/Vincent Dublange

En Éthiopie, les chrétiens de rite Tewahedo viennent de célébrer le baptême du Christ, la fête de Timkät. Une célébration qui s'est déroulée dans un contexte particulier. Alors que l'Unesco vient de l'inscrire au patrimoine immatériel de l'humanité, les tensions religieuses entre musulmans et chrétiens orthodoxes ressurgissent.

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La petite ville de Mekane Yesus se niche au cœur des montagnes au sud de Gondär. Dans une vieille zone d’influence chrétienne, mais où les musulmans sont présents depuis longtemps, 40 000 habitants, dont environ 2 000 croient en Allah.

Arrivés dans les années 1950, juste après la fondation de la ville, ils ont toujours vécu en paix avec les orthodoxes, explique le chef de la communauté. Jusqu’à ce 3 février 2019, dont se souvient le Cheikh Ahmed Ali. « Il y a avait un mariage musulman. Nous avions préparé de la viande pour nous, mais aussi pour nos invités chrétiens. Ce jour-là, complètement par hasard, une image de Marie s’est retrouvée parmi les décorations éparpillées sur le sol. »

« Dès que la religion est en jeu, les problèmes sont sérieux »

Un rien a suffi à déclencher l’attaque. En une soirée, deux mosquées sont totalement ou partiellement détruites. Une troisième est attaquée une semaine plus tard. Un millier de jeunes chrétiens n’ont pas écouté les prêtres orthodoxes qui appelaient au calme.

Aujourd’hui, Cheikh Ahmed Ali se tient devant les fondations d’une future mosquée reconstruite. « Nous nous sentons en sécurité, mais il y a aussi une légère inquiétude à propos du rôle du gouvernement si cela se reproduit : va-t-il nous protéger et garantir nos droits religieux et citoyens ? Car dès que la religion est en jeu, les problèmes sont sérieux. »

Facteur politique en jeu

Sur un autre site, une mosquée bien plus grande est aussi en construction. Un signe, peut-être, que les musulmans éthiopiens sont plus sûrs d’eux-mêmes. Depuis le régime du Derg dans les années 1970, il y a eu un rééquilibrage des relations interreligieuses, d’après l’universitaire Terje Ostebo. Un rééquilibrage au profit des protestants et des musulmans.

La montée des tensions avec les orthodoxes pourrait ainsi s’inscrire dans ce contexte. Mais les évolutions politiques depuis l’arrivée d’Abiy Ahmed à la primature jouent aussi, selon le père Woldeyesus Seifu, responsable orthodoxe. « Il y a des gens qui ont un agenda politique caché et se servent de la religion pour le faire avancer, mais ils ne réussiront jamais », avance-t-il.

Une référence à peine voilée aux anciens tenants du pouvoir, les responsables politiques de la région du Tigray, dans l’extrême-nord. Ce qui est certain c’est que religion, ethnie et politique sont de plus en plus entremêlées en Éthiopie. Un motif d’inquiétude supplémentaire à quelques mois des élections générales.

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