Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Firmin Ngrébada: en 2020, «le DDR aidera au retour des déplacés centrafricains»

Audio 04:57
Le Premier ministre centrafricain Firmin Ngrébada, à droite.
Le Premier ministre centrafricain Firmin Ngrébada, à droite. AFP/Florent Vergnes

Le 6 février 2019, les autorités centrafricaines signaient à Khartoum, au Soudan, un accord de paix avec quatorze groupes armés centrafricains. Parallèlement, le programme « DDR » (« Désarmement, Démobilisation, Réinsertion ») était mis en place. Le Premier ministre, Firmin Ngrébada, dresse un premier bilan de ce programme, un an après la signature de l'accord de paix.

Publicité

RFI : Qu’est-ce qui a changé dans le pays un an après la signature de l’accord de Khartoum ?

Firmin Ngrebada : Après un an de mise en œuvre de cet accord, nous pouvons affirmer que des avancées significatives ont été enregistrées. Avec l’appui des garants et des facilitateurs, nous avons réussi à mettre en place un gouvernement plus inclusif, faire baisser le niveau des violences, démanteler plusieurs barrières illégales, ce qui facilite depuis quelque temps la libre circulation des personnes et des biens sur le territoire national. Et également, l’amélioration du climat sécuritaire et politique a permis le retour au pays de quelques anciens chefs d’État, ce qui n’était pas possible il y a encore quelques années.

Certes, le nombre d’attaques entre groupes armés a fortement baissé, mais des incidents très violents continuent tout de même à avoir lieu. À Bria, les combats qui se sont déroulés le samedi soir 25 et dimanche 26 janvier entre deux groupes issus de la Seleka ont conduit à plusieurs dizaines de morts…

Les récents affrontements d’Alindao, Birao et Bria dont vous parlez continuent de préoccuper le gouvernement, même si les combats se sont déroulés entre les groupes armés. De même, le maintien de certaines barrières illégales et la poursuite de l’occupation de certains bâtiments administratifs constituent également des préoccupations pour le gouvernement, parce qu’il s’agit de cas de violation de l’accord. Nous devons comprendre que la mise en œuvre d’un accord politique de paix n’est pas toujours réalisée. Comme tout processus, elle est souvent jalonnée de difficultés que les parties et acteurs impliqués doivent s’employer à régler.

Concernant justement l’application de l’accord, le texte prévoyait que des mécanismes de sanctions soient mis en place contre tous ceux qui violeraient cet accord. Où en est-on de la mise en place de ces mécanismes de sanction qui, pour l’instant, n’ont pas l’air d’être effectifs ?

À l’occasion de la dernière session du Comité exécutif de suivi, nous avons décidé d’envisager des sanctions à l’encontre de ceux qui continueraient à violer les dispositions de l’accord.

Donc, vous venez de décider que des sanctions pourraient être appliquées ?

Tout à fait.

Mais pourtant, c’était prévu dans le texte de l’accord de Khartoum initialement ?

C’était prévu, mais il fallait dans un premier temps faire de la pédagogie, appeler l’attention des parties à l’accord sur la nécessité de respecter leur engagement. Mais, nous sommes arrivés à l’étape où nous avons décidé dorénavant d’appliquer des sanctions à l’encontre de ceux qui ne tiendraient pas leur engagement.

L’un des groupes armés, l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Darassa, contrôle une part croissante du territoire, alors que l’accord de Khartoum prévoyait que chaque groupe reste sur ses positions. Comment faire en sorte que l’UPC respecte sa part de l’accord ?

S’agissant du chef de l’UPC, avec l’appui de la Minusca [Mission de l'ONU en Centrafrique], des actions ont été engagées très récemment et cela a débouché sur le retrait de certaines positions de l’UPC à Alindao, le démantèlement de l’une de ces bases. Nous sommes en train de travailler pour que ce mouvement, d’ici quelques jours, retire quelques-uns de ses combattants qu’il a déployés dans le Haut-Mbomou. Nous travaillerons toujours sous l’autorité du président de la République pour que les signataires de l’accord de paix respectent leur engagement.

Quel est justement aujourd’hui votre message à Ali Darassa qui, manifestement, ne respecte pas sa part d’engagement dans l’accord de Khartoum ?

Mon message, il le connaît. On lui a porté il y a quelques jours. Le message était clair : il n’est plus question qu’il reste en marge de l’accord, qu’il dise une chose et qu’il fasse le contraire le lendemain. Donc, ce message lui a été porté et depuis les choses ont l’air de s’améliorer. Nous sommes en train d’observer des changements significatifs dans ces attitudes.

Où en est-on du retour des personnes déplacées dans leur localité d’origine ?

Des efforts ont été faits sur cette question. Nous avons procédé à la fermeture du plan grand site de déplacés qui était le site de l’aéroport de Bangui M'Poko, et cela concerne environ 35 000 personnes. Ensuite, au niveau de la ville de Bangui, nous avons procédé aussi à la fermeture d’environ 31 sites, ce qui a permis le retour d’environ 100 000 personnes à leur lieu de résidence habituelle. De même que nous avons procédé à la fermeture de quelques sites à l’intérieur du pays, notamment à Kaga-Bandoro et à Bambari.

Quelles sont les pistes que vous envisagez pour qu’en 2020, les déplacés de l’intérieur du pays puissent rentrer dans leur ville ou dans leur village ?

Nous, la stratégie, c’est de continuer à travailler sur le grand DDR [Démobilisation-Désarmement-Réinsertion] dont les résultats nous permettraient d’améliorer davantage la situation sécuritaire.

Pourquoi est-ce que ce processus de DDR est très en retard, de même que la mise en place des Unités spéciales mixtes de sécurité (USMS) qui rassemblent des hommes des forces armées avec des hommes des groupes armés. Qu’est-ce qui l’explique ?

Le retard s’explique en partie par une hésitation qui a été observée au niveau de certains responsables des groupes armés, mais des solutions politiques et certaines pressions ont été exercées, ils sont revenus à la raison. Et nous avons repris donc ce grand DDR et nous avons bien centré, ce qui a aussi eu un impact sur la mise en place des Unités spéciales mixtes de sécurité. Aujourd’hui, nous sommes en train de travailler sur la zone nord-est, et notamment à Ndélé pour que ce grand désarmement puisse s’étendre, également les USMS, pour nous permettre d’améliorer la situation de la sécurité.

Quel est le bilan que vous faites en matière d’éducation ?

En matière d’éducation, je peux vous affirmer que c’est une priorité pour le chef de l’État et pour le gouvernement. Nos difficultés dans le domaine de l’éducation concernent l’effectif des enseignants et les infrastructures scolaires.

Oui, parce que dans de nombreuses écoles du pays, ce sont les parents qui doivent assurer les cours à l’heure actuelle…

C’est vrai, mais nous avons enregistré aussi des progrès puisque nous avons réhabilité plus de 400 salles de classe. On a construit plus de 260 salles de classe. On a procédé au recrutement et à la formation des enseignants tant au niveau du préscolaire que de l’enseignement primaire et secondaire. Également, nous avons fourni du matériel didactique. Au moment où je vous parle, la part du budget de l’éducation au budget de l’État a connu une nette amélioration. Pendant la transition, il était de l’ordre de 4%. En 2018, il était de 12,83%, mais en 2019 ce chiffre est passé à 15,61%.

Donc des moyens, des progrès. Pourtant certaines enquêtes évaluent toujours le taux d’abandon scolaire au primaire à 40% en raison de l’insécurité…

Effectivement, l’insécurité a un impact sur la situation de l’école. Mais nous essayons de reprendre en main la question de l’école centrafricaine. Et nous avons espoir que dans les années à venir, la situation va nettement s’améliorer.

L’accord de Khartoum ne devait pas consacrer l’impunité. Mais les anciens présidents, François Bozizé et Michel Djotodia, ont pu rentrer à Bangui. Et à part le procès de Bangassou, finalement peu de procédures ont été effectivement lancées. Est-ce que l’impunité n’a pas progressé avec cet accord de Khartoum ?

Non, du tout. L’accord politique pour la paix et la réconciliation a consacré le rejet de l’impunité. Il n’y aura pas d’impunité. À l’instant où je vous parle, la Cour pénale spéciale a déjà été rendue opérationnelle. Comme pour toute juridiction, il y a la phase d’enquête et celle d’instruction. Nous sommes encore à ce stade.

Et est-ce que les procédures sont envisagées contre François Bozizé et Michel Djotodia ?

C’est une question de justice. Nous verrons bien.

Vous parlez de la Cour pénale spéciale. Beaucoup s’inquiètent tout de même des lenteurs qui se manifestent dans le démarrage de cette cour. Partagez-vous leur inquiétude ?

Ce sont des inquiétudes qui sont compréhensibles. Mais il faut aussi du temps pour rendre opérationnelle la Cour pénale spéciale. À l’instant où je vous parle, tous les juges ont prêté serment. Ils sont actuellement en phase d’enquête et d’instruction. Je vois le volume du travail qu’il y a à faire sur l’ensemble des dossiers judiciaires dans l’espoir que la Cour pénale spéciale donnera satisfaction à tous les justiciables.

Parmi les projets également importants, on trouve la Commission Vérité et réconciliation. Un avant-projet de loi a été déposé pour la création de cette commission. Pour quand peut-on espérer son démarrage ?

Ce projet de loi sera rapidement examiné à travers une session extraordinaire qui sera convoquée dans les jours à venir. Aussitôt la loi adoptée, le décret d’application pris, on rendra cette commission opérationnelle.

Qui va d’ailleurs payer le fonctionnement de cette commission ?

L’État va assurer sa part avec aussi le soutien des partenaires du pays.

Avez-vous déjà une liste des partenaires qui se sont engagés ?

Pour l’instant, je ne peux pas vous en dire plus. Mais nous avons enregistré des manifestations de bonne volonté.

Où en est-on de la mise en place d’une armée nationale en Centrafrique ?

Le président de la République avait pris l’engagement de bâtir une armée de garnison, apolitique, pluriethnique et professionnelle. Depuis, sous son autorité, nous avons formé avec l’appui de l’EUTM [Union européenne en République centrafricaine] au moins quatre bataillons des forces armées centrafricaines.

Des formations délivrées par l’Europe donc...

Tout à fait. Des promotions de militaires ont été formées au centre de formation de Bérengo. Nous avons procédé à de nouveaux recrutements dans l’armée : 1 023 militaires ont été recrutés en 2018. Cette année, nous allons en recruter 2 600. Cette armée reconstruite est actuellement déployée conjointement avec la Minusca dans plusieurs villes du pays. Aussi convient-il de dire que du matériel militaire, acquis avec le soutien de certains pays telles la France, la Fédération de Russie, la Chine, est actuellement mis à la disposition de l’armée pour les besoins de sa mission. La question de l’embargo, si elle était compréhensible au début, ne l’est plus aujourd’hui, puisque dans les faits, on empêche un gouvernement légitime d’acquérir du matériel à tenir à la disposition de l’armée. Une armée pourtant formée par l’Union européenne. Alors qu’au même moment, certains groupes armés continuent de se surarmer au vu et au su de tout le monde.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.