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Reportage international

Pérou: le succès d'une marque de vêtements fabriqués par des prisonniers

Audio 02:38
La prison de Lurigancho compte douze entreprises qui emploient 600 détenus.
La prison de Lurigancho compte douze entreprises qui emploient 600 détenus. AFP/Ernesto Benavides

Avec ses 10 000 détenus, la prison de Lurigancho à Lima est la plus grande du Pérou. Elle est aussi souvent citée parmi les plus violentes et dangereuses au monde. Pourtant, c’est bien là que le Français Thomas Jacob a décidé de se lancer dans un projet un peu fou : créer une marque de vêtements entièrement fabriqués par des prisonniers.

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Nous pénétrons dans un hangar de la prison de Lurigancho. Surnommé la « zone industrielle », ce bâtiment abrite une dizaine d’ateliers : de la confection à la mécanique, en passant par la pâtisserie. Thomas Jacob nous accueille au milieu des machines à coudre, des rouleaux de tissu et des plans de travail.

Ce jeune Français de 32 ans est un pionnier, il est le premier entrepreneur à avoir monté son entreprise dans une prison péruvienne. Une idée qui remonte à 2013, alors qu’il effectuait un stage en marketing à Lima. « J’avais une amie française qui faisait un volontariat dans les prisons. Un jour elle m’a invité à une pièce de théâtre avec les détenus d’ici. Et j’ai connu plein de détenus… Je sentais que les mecs étaient sincères, honnêtes qu’ils avaient vraiment envie de travailler et de s’en sortir », raconte-t-il.

Des vêtements vendus partout dans le monde et dans les quartiers branchés de Lima

Fort d’une petite expérience dans le textile, Thomas décide alors de lancer Pietà, une marque de vêtements entièrement fabriqués par des détenus. Sept ans plus tard, c’est un succès. La marque possède plusieurs boutiques dans les quartiers branchés de Lima et se vend aux quatre coins du monde. Aujourd’hui son atelier de Lurigancho tourne à plein régime et emploie une cinquantaine de prisonniers, tous profils confondus. « L’atelier est ouvert à tous », assure-t-il. « Il n'y a pas de segmentation suivant leur peine, que ce soit des délinquants sexuels, narcotrafiquants ou assassins, ici, ils sont tous mélangés. »

Thomas est ravi de ses employés qu’il dit tous très motivés. Les yeux rivés sur sa machine à coudre, Joël, 39 ans, incarcéré depuis 5 ans, s’interrompt quelques instants. « Je travaille ici depuis un an. J’ai appris à coudre. J’aime bien : ça m’occupe, ça me distrait toute la journée et ça empêche d’avoir des idées noires. » Affairé à la machine d’à côté, Juan, un autre détenu, complète entre deux coups d’aiguille. « Ça nous aide financièrement aussi, parce que dans les cellules, on a besoin d’argent. Et puis ça nous permet d’envoyer un peu d’argent à la famille dehors. »

Un travail pour la survie des prisonniers

Dans cette prison, où règne la corruption, l’argent est indispensable pour survivre : lit, repas, douches, ici tout se paye. Grâce à leur travail, les détenus peuvent subvenir à leurs besoins. Ils sont rémunérés chaque semaine en fonction de la production. Mais l’argent n’est pas leur seule motivation. Pour Edwin Velasquez, responsable de l’institut pénitentiaire, « les détenus travaillent pour des raisons économiques, mais aussi pour sortir plus vite, car au Pérou, le détenu qui travaille obtient une réduction de peine. Et ça leur permet aussi de se réinsérer plus facilement à la sortie. Il est rare qu’en sortant, ils récidivent. »

Le succès de Pietà a été tel qu’il a inspiré d’autres initiatives similaires. Aujourd’hui, la prison de Lurigancho compte douze entreprises qui emploient 600 détenus. Quant à Thomas Jacob, il envisage de développer son projet dans d’autres prisons péruviennes.

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