Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Au Mali: «Ce serait très positif d’avoir une discussion avec les jihadistes»

Audio 04:57
Nicolas Normand, ancien Ambassadeur de France au Mali.
Nicolas Normand, ancien Ambassadeur de France au Mali. Nicolas Normand

Après six ans d'absence, l'armée malienne est de retour à Kidal. Elle y est arrivée hier, jeudi 13 février, sans encombres. Quelle est la portée de l'événement ? Nicolas Normand a été ambassadeur de France à Bamako. Il y a deux ans, il a publié « Le Grand livre de l'Afrique », aux éditions Eyrolles. Au micro de RFI, le diplomate français s'exprime aussi sur le dialogue que le président Ibrahim Boubacar Keita est prêt à engager avec les jihadistes du Nord-Mali.

Publicité

RFI : Nicolas Normand, êtes-vous surpris par l’annonce d’un dialogue possible entre Bamako et les jihadistes ?

Nicolas Normand : Ce n’est pas vraiment une surprise, parce que c’est aussi un souhait assez partagé au Mali, semble-t-il. Ensuite, il faut distinguer, sans doute, négociation et dialogue. Il faut déjà qu’il y ait un dialogue et cela suppose que les chefs jihadistes, en particulier Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa, acceptent ce dialogue, ce qui n’est pas certain du tout. Je crois qu’ils vont être sur la défensive, peut-être divisés… S’il s’agissait seulement de religion, les choses seraient sans doute assez faciles à discuter. Mais le gangstérisme, les assassinats, les trafics, les attaques contre la population civile… De cela, il est plus difficile d’en parler et surtout d’en sortir.

►À écouter aussi : Le président malien IBK annonce un dialogue avec des chefs jihadistes

Vous dites que le sujet religieux n’est pas le plus difficile, mais Iyad Ag Ghali, que vous connaissez d’ailleurs personnellement, demande la charia sur toute l’étendue du territoire malien.

Sur toute l’étendue, c’est à voir, parce qu’Iyad Ag Ghali est quand même l’homme de Kidal et de la région de Kidal. Ensuite, la charia est un terme qui peut recouvrir des choses variées. Dans des États fédérés du nord du Nigeria, la charia civile est appliquée. Donc on peut, peut-être, discuter exactement de ce qu’ils veulent. Mais je crois que ce serait en tout cas très positif d’avoir une discussion de ce type. Parce que tout ce qui sort de la violence et de l’extrémisme et qui ressort du dialogue politique, c’est une bonne chose.

À propos d’Iyad Ag Ghali, le président Ibrahim Boubacar Keïta se souvient d’un homme courtois. Et vous ?

Oui, je me souviens d’un homme courtois, mais je crois que ce n’est plus le même Iyad Ag Ghali que celui que l’on a connu autrefois. Il a été même, à une époque, conseiller à la présidence, à Koulouba, et était un interlocuteur presque incontournable dans le nord. Il a malheureusement évolué. D’abord, vers un extrémisme religieux et ensuite, surtout, vers la violence et le crime.

Est-il possible de négocier avec le chef de la katiba Macina, Amadou Koufa ?

Toutes ces questions se posent, effectivement, avec de gros points d’interrogation, même avec Iyad Ag Ghali. Iyad Ag Ghali est-il libre, lui-même, de discuter ? Il fait quand même partie d’un ensemble qui s’appelle Al-Qaïda, dont les chefs se trouvent en Algérie. Lui-même risque peut-être d’être aussi assassiné, s’il a envie de négocier. Amadou Koufa, peut-être a-t-il envie de discuter, mais il ne décide pas seul. Donc, vous voyez bien que ces questions sont difficiles.

Le président IBK a parlé des chefs jihadistes Amadou Koufa et Iyad Ag Ghali, mais pas du chef jihadiste Abou Walid Al-Sahraoui de l’EIGS.

Sur le terrain, je crois qu’il faut distinguer quand même le groupe, la nébuleuse GSIM dirigée en principe par Iyad Ag Ghali, de celle de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) d’Abou Walid Al-Sahraoui. Eux, ce sont de véritables enragés, qui attaquent presque de préférence, à la limite, la population civile, qui dévastent les villages, qui tuent les femmes, les enfants et les populations civiles.

Après la mort de treize soldats français au Sahel, en novembre dernier, le chef d’état-major français a eu ce mot : « La France défend des valeurs qui ne s’accommodent pas de négociations avec les jihadistes ». Comment peut réagir la France, aujourd’hui, à l’annonce du président IBK ?

Je ne peux pas parler à la place des autorités françaises. Mais je pense que le président IBK, d’abord, il est autonome, il est libre. Il ne prend pas ses ordres où que ce soit, en dehors de son pays. Ensuite, il a raison d’explorer toutes ces options. Et négociation ne signifie pas soumission. Cela signifie ouverture d’un dialogue. Cela peut signifier d’affaiblir et de diviser les adverses, même. Et si le dialogue avec les jihadistes permet d’avancer dans les autres voies que la voie purement sécuritaire et répressive, il est certain que les autorités françaises ne pourront qu’accueillir cela favorablement.

►À lire aussi : Mali : Paris réagit à l'offre de dialogue d'IBK aux chefs jihadistes

Dans un communiqué rendu public mercredi soir, le quai d’Orsay n’approuve ni ne condamne.

Oui, ce n’est pas à eux de condamner l’initiative d’un chef d’État souverain non plus. Ils ne vont pas faire cela, heureusement.

Oui, mais la France a perdu treize soldats en novembre.

Bien sûr. Et l’armée malienne en a perdu aussi beaucoup, des centaines. Cela n’empêche pas de combattre. On peut combattre et dialoguer. C’est comme cela dans toutes les guerres.

Le retour de l’État malien à Kidal après six ans d’absence, est-ce que c’est important ?

Oui, cela, c’est très important et un beau succès. D’abord, c’est un démenti à ceux qui pensaient précisément que la France s’opposait au retour de l’armée malienne à Kidal. En fait, cela fait huit ans, depuis 2012, que l’armée malienne n’a pratiquement pas mis les pieds à Kidal et n’était pas bienvenue, jusqu’à présent. L’Accord d’Alger prévoit que c’est une armée reconstituée, dans laquelle des personnes issues des régions du nord – c’est comme cela que c’est formulé –, qui sont les ex-rebelles, doivent avoir une place représentative. Et donc c’est formidable, parce que cela va normaliser le statut de Kidal. Maintenant, cela va être l’armée malienne qui va assurer la sécurité de Kidal et de la région. Mon souhait c’est aussi, d’ailleurs, que cette armée dite reconstituée s’attaque aux jihadistes, précisément.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.