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Invité Afrique

Soudan du Sud: «Les élites sont responsables des exactions contre les civils»

Audio 04:54
L'ex chef rebelle Riek Machar (G) (desormais 1er vice-président) du Soudan du sud a rencontré pour la seconde fois en septembre 2019, le président Salva Kiir (D) dans le but d'organiser son retour définitif le 12 novembre.
L'ex chef rebelle Riek Machar (G) (desormais 1er vice-président) du Soudan du sud a rencontré pour la seconde fois en septembre 2019, le président Salva Kiir (D) dans le but d'organiser son retour définitif le 12 novembre. ALEX MCBRIDE / AFP

La Commission des droits de l’Homme de l'ONU vient de publier un rapport qui répertorie toutes les violations commises par l’armée et par les différents groupes rebelles au Soudan du Sud, entre la signature d’un accord de paix en septembre 2018 et décembre 2019. Cette commission dénonce les querelles et délais dans le processus de formation d'un gouvernement d'union nationale, et elle incrimine les élites prédatrices qui ne rendent aucun compte à la population. Andrew Chapman, l’un des enquêteurs de cette commission, est notre invité.

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Rfi: Vous publiez un rapport peu élogieux envers les parties en présence, l’armée gouvernementale et les différents groupes rebelles. Que dit ce rapport ?

Andrew Clapham: Le rapport explique que la situation des droits de l’homme est très grave, dans le sens où les gens ne peuvent pas s’exprimer, qu’il y a des viols, des meurtres et des crimes contre l’humanité. Il faut maintenant mettre en place un système de justice pour que ces criminels de guerre puissent être jugés comme il le faut.

Dans votre rapport, vous dénoncez le fait que les civils sont délibérément affamés par l’armée et par les groupes rebelles. Que voulez-vous dire ? Comment cela se passe-t-il et dans quel but ?

Le but c’est de déplacer les gens et de faire en sorte que les personnes soient désespérées pour les dissuader d'être dans l’opposition. Pour être clair, le fait d’affamer les civils, comme méthode de guerre, signifie que l’auteur a privé les civils des biens indispensables à leur survie. Cela veut dire que l’on peut détruire la nourriture, les vaches, les possibilités d’accès à l’eau sur leur territoire… Cela peut être aussi le blocage d’un convoi de l’aide humanitaire. Ces crimes de guerre et cette méthode, on les a trouvés des deux côtés, du côté de l’opposition mais aussi du côté du gouvernement.

Vous dénoncez également la surveillance systématique des civils, leur arrestation et détention arbitraires.

Oui. Là, il est question de la société civile et cela concerne surtout les groupes de femmes qui organisent des réunions et qui veulent lutter pour le droit des femmes. C’est le cas aussi des groupes de la société civile qui veulent lutter pour la paix. Là, les autorités de sécurité nationale arrivent dans leur réunion, leur disent qu’ils n’ont pas de permis et c’est pratiquement impossible d’organiser une réunion qui ne soit pas autorisée et où il es question de parler de simples sujets, comme les droits de l’homme, les droits de la femme, les droits de l’enfant ou bien le droit à la paix.

Vous parlez d’élites qui négligent la souffrance de millions de civils. Pensez-vous que ce nouveau gouvernement d’Union nationale va finalement changer quelque chose, étant donné que ce sont ces mêmes élites qui restent au pouvoir ?

On peut espérer qu’avec cette nouvelle phase, il y aura un État de droit car on verra que ce n’est plus la peine de juste s’enrichir mais qu’il faudra essayer de gouverner. Il y aura aussi de nouvelles institutions et de nouveaux membres dans de nouvelles entités. Ce sera plus difficile de voler l’argent car ce ne seront pas exactement les mêmes personnes ni les mêmes postes. Il y aura une nouvelle législature et d’autres institutions qui, on l’espère, vont commencer à fonctionner.

Quelle sera la solution, selon vous, pour mettre fin à la souffrance de ces civils ?

Je pense qu’il faut commencer par mettre en place un système avec des juges qui peuvent traiter ces crimes sexuels et juger, au niveau militaire, les crimes de guerre. Il faut que les gens comprennent que l’on ne peut pas faire comme avant, qu’il y aura une justice et, à la fin, une responsabilité. Certaines personnes doivent être punies, sinon cela continuera comme avant.

Alors justement, ce rapport avait pour but de rassembler les preuves qui pourraient être utilisées pour poursuivre les auteurs de ces atrocités. Est-ce que c’est quelque chose d’envisageable ? Pensez-vous que la communauté internationale serait prête à faire une telle chose ?

Oui, notre mandat est de préserver les témoignages et nous avons préparé plusieurs dossiers qui peuvent être présentés à un procureur et qui permettent, pour commencer, de poursuivre certains individus, notamment pour des crimes de guerre. Ces derniers pourront alors être jugés devant la Cour hybride du Soudan du Sud qui doit être établie dans les mois qui arrivent.

Et la communauté internationale, selon vous, serait prête à juger ces personnes, à pousser pour que ces personnes soient jugées ?

Il y a un statut pour cette Cour. Il y a des millions de dollars qui ont été mis de côté pour la créer et pour payer les gens qui doivent y travailler. Il est vrai que la communauté internationale préfère parler de l’importance de la paix plutôt que de d’investir sur un système judiciaire où l’on peut aller de l’avant avec ces poursuites, mais c’est possible. C’est maintenant à l’Union africaine de créer cette Cour avec le gouvernement du Soudan du Sud.

Cela veut-il dire que, s’il n’y a pas de paix, si la paix n’avance pas, il pourrait y avoir des poursuites contre les responsables de ces exactions ?

On entend beaucoup dire qu’il  faut d’abord construire la paix et voir ensuite les poursuites. Le problème c’est que, si les gens sentent qu’il n’y a pas de justice et que le gouvernement ne reconnait pas leurs plaintes, on risque à nouveau d’avoir des conflits.

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