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Les dessous de l'infox, la chronique

Le coronavirus, vecteur de propagande anti-migrants

Audio 03:48
Les Grecs utilisent des canon à eau face aux migrants rassemblés à la frontière turco-grecque près du poste frontalier de Pazarkule en Turquie avec la Grèce Kastanies, à Edirne, en Turquie, le 7 mars 2020.
Les Grecs utilisent des canon à eau face aux migrants rassemblés à la frontière turco-grecque près du poste frontalier de Pazarkule en Turquie avec la Grèce Kastanies, à Edirne, en Turquie, le 7 mars 2020. REUTERS/Huseyin Aldemir
Par : Sophie Malibeaux

Depuis que la Turquie menace de laisser passer en Europe les migrants réfugiés sur son sol, la crainte d’une crise migratoire semblable à celle de 2015 en Europe se réveille. Sur les réseaux sociaux, tout est bon pour justifier le rejet des nouveaux arrivants. À grand renfort d’infox, les ultra-nationalistes agitent les peurs, y compris celles liées au Covid-19.

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En 2015 on s’en souvient, la « menace terroriste » avait servi de prétexte pour barrer la route des Balkans aux migrants fuyant la guerre en Syrie. Cinq ans plus tard, certains n’hésitent pas à utiliser la psychose du coronavirus pour justifier le blocage des migrants aux frontières.

La Hongrie a ainsi procédé ce mois-ci à la fermeture de camps de transit pour demandeurs d’asile à la frontière serbe, invoquant les dangers du coronavirus. En France aussi l’extrême droite brandit la « fermeture des frontières » comme remède à l’épidémie, tout comme l’Italien Salvini qui appelle à blinder les frontières face aux migrants venant d’Afrique. Logique de l’absurde, sachant que les premiers cas recensés en Afrique sont des personnes qui venaient d’Europe et non l’inverse.

Des infox qui déshumanisent les migrants

En général, les identitaires, sur les réseaux, évitent de montrer les femmes et les enfants, et préfèrent relayer l’image de jeunes hommes présentés comme dangereux.

A l’exception d’une vidéo qui instrumentalise la présence des enfants, accompagnée de ce commentaire : « Les migrants n'ont aucune limite, regardez ceux-là qui font exprès de faire pleurer leurs enfants pour les amener ensuite devant les caméras. Ils sont prêts à tout pour entrer en Europe ! Il faut les en empêcher ! »

Interprétation fallacieuse et intentionnelle des images

Que voit-on sur ces images ? Des gens paniqués dans une forêt clairsemée, qui courent dans tous les sens. Des colonnes de fumée sont visibles dans les bois, et au premier plan des adultes frictionnent un enfant, lui tapotent le dos et l’approchent d’un brasier fumant … rien ne permet néanmoins d’interpréter la scène comme le fait sur twitter le membre de Génération identitaire qui relaye la vidéo.

En réalité, les fact checker du journal Libération ont retrouvé la photographe turque à l’origine de ces images. Elif Kürleyen raconte une toute autre histoire que celle mise en avant sur twitter : les migrants viennent d’être la cible de tirs de gaz lacrymogènes et en approchant un instant l’enfant de la fumée dégagée par le feu de bois, l’homme qui le porte tente de réduire la sensation de brûlure aux yeux, provoquée par les gaz. Sur le fil tweeter de Génération identitaire, les réfugiés sont traités de sauvages, racailles, etc… la femme qui gémit est qualifiée d’actrice, les appels à la haine se multiplient en toute impunité.

Une vidéo sortie de son contexte et des poursuites judiciaires

Autre exemple d’infox répandu dans le but de nourrir le sentiment anti-migrants, c’est une vidéo qui a fait des centaines de milliers de likes et de partages en Europe, où l’on voit de jeunes collégiens vandaliser leur salle de classe et s’en prendre violemment à une enseignante. La vidéo circule depuis juin dernier avec un commentaire ironique : « cette scène témoigne des vertus de l’immigration ».

Là encore, il s’agit de mésinformation. La scène a en fait été tournée dans une école de São Paulo au Brésil et diffusée le 1er juin à la télé brésilienne TV Globo. Ces adolescents violents n’ont rien à voir avec les jeunes migrants arrivés en Europe comme l’affirment les commentaires de ceux qui relayent la vidéo en Europe à des fins de propagande anti-migrant.

En Espagne le parquet a décidé d’engager des poursuites contre ceux qui la font circuler en l’accompagnant de commentaires mensongers. C’est une première, affaire à suivre.

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