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L'Épopée des musiques noires

Hommage à McCoy Tyner

Audio 29:00
McCoy Tyner au Madison Square Garden, à New York, en 2006.
McCoy Tyner au Madison Square Garden, à New York, en 2006. Getty images/Jemal Countess/WireImage

Révélé au monde entier grâce à sa collaboration intense au fameux quartet du saxophoniste John Coltrane de 1960 à 1965, le pianiste McCoy Tyner, acteur et témoin direct de cet orchestre légendaire, nous a quittés le 6 mars 2020 à l’âge de 81 ans.

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Bien qu’il fut considéré comme l’un des maîtres du piano jazz, McCoy Tyner n’a jamais contesté le fait que, durant ses jeunes années, il écoutait avec délectation les orchestres noirs américains inventer un genre musical que l’on n’appelait pas encore le rock'n'roll mais qui y ressemblait furieusement. Ainsi, à l’adolescence, le petit Alfred McCoy Tyner découvre le rythm & blues à la radio, accompagne son père dans les églises et suit les conseils avisés de sa maman qui pressent l’enthousiasme grandissant de son jeune fils pour la pratique d’un instrument et l’inscrit à un cours de musique. Nous sommes alors en 1951 à l’aube d’une incroyable destinée.

S’il serait injuste de réduire la brillante carrière de McCoy Tyner à son association avec John Coltrane, il serait également fort regrettable de ne pas s’arrêter quelques instants sur cet épisode marquant de son épopée. Pendant cinq ans, John Coltrane (saxophone), Elvin Jones (batterie), Jimmy Garrison (basse) et McCoy Tyner (piano) vont révolutionner l’histoire du jazz. "Le groupe avait été formé à une époque très riche de l’histoire : les années 60. Les évènements s’entrechoquaient, les idées nouvelles fusaient de toutes parts, les revendications sociales n’avaient jamais été aussi vives, les artistes débordaient de créativité, l’atmosphère était électrique. Le groupe était très spécial. John était un génie et avait réussi à réunir une palette de vrais talents, ça ne pouvait que fonctionner !" (McCoy Tyner – 1994).

McCoy Tyner, 1960.
McCoy Tyner, 1960. Michael Ochs Archives/Getty Images

La plus criante manifestation de cet élan artistique détonant eut lieu le 26 juillet 1965 à Antibes Juan-les-Pins, dans le sud de la France. Cette prestation sera d’ailleurs diversement accueillie par les amateurs de jazz présents ce jour-là. Certains applaudiront avec ferveur, d’autres resteront plus circonspects à l’écoute de cette musique à la limite du free jazz. Il faut dire que John Coltrane était alors en quête d’une spiritualité artistique débridée et ses propositions musicales pouvaient déconcerter. Les Noirs d’Amérique vivaient alors une période troublée outre-Atlantique et les compositions des jazzmen reflétaient ce bouillonnement social et politique ponctué d’appels à la justice.

Pendant et après sa fructueuse collaboration avec le libre penseur John Coltrane, McCoy Tyner multipliera les séances de studio sous son nom. De l’album Inception, en 1962, à son concert en solo à San Francisco en 2009, il aura fait paraître près de 80 enregistrements très audacieux. Ici à la tête d’un orchestre symphonique, là d’un big band, ou seulement accompagné de guitaristes émérites, McCoy Tyner voulait surprendre et dévoiler l’éclectisme de son répertoire. Il se passionnait, par exemple, pour les musiques enracinées dans les traditions culturelles. En 1972, il avait consacré un album entier au continent africain intitulé Sahara. Ce fut d’ailleurs l’un de ses plus célèbres enregistrements nominé deux fois aux Grammy Awards. Des années plus tard, en 1995, il avait à nouveau imprimé sur l’album Guitars, cette humeur africaine en adaptant une œuvre du chanteur et guitariste malien Boubacar Traoré intitulé Baba Dramé.

McCoy Tyner en concert au Jazz Showcase, 1970s.
McCoy Tyner en concert au Jazz Showcase, 1970s. Robert Abbott Sengstacke/Getty Images

McCoy Tyner ne s’interdisait aucune expérience et lorsqu’il eut cette autre idée saugrenue de monter un big band digne des grands orchestres de l’ère swing, le résultat fut, une fois de plus, somptueux. C’est en 1991, à l’initiative du producteur français, Jean-François Debeir, que McCoy Tyner se retrouve en studio à New York pour enregistrer The Turning Point, un album qui sera salué à nouveau par un Grammy Award. L’idée de ce disque trottait dans la tête du chef d’orchestre depuis plusieurs années, depuis la disparition de Thad Jones et Mel Lewis, respectivement trompettiste et batteur de jazz qui avaient fondé en 1966 l’une des plus scintillantes formations de l’histoire du jazz. Fort de cette aventure musicale réjouissante, McCoy Tyner réitérera l’expérience deux ans plus tard avec l’album Journey. Alors qu’il avait passé des décennies à jouer en trio, en quartet, et parfois même en solo, McCoy Tyner voulait se dépasser. Réunir 15 musiciens autour de lui ne l’impressionnait guère. Il n’avait qu’une exigence : parvenir à donner une identité à son big band. Cela imposait une rigueur et une direction artistique précise qu’il maîtrisait parfaitement.

Alors que le temps commençait à marquer les traits du maestro vieillissant, son esprit restait toujours alerte et le fringant septuagénaire qu’il devenait avait encore une multitude de projets à réaliser. Malheureusement, au milieu des années 2000, McCoy Tyner disparaît des scènes internationales. Lorsqu’il retrouve la ferveur du public en 2008, son visage a changé, son allure semble plus frêle, il a maigri, se déplace avec précaution et s’exprime peu. Il est évident que la maladie le ronge mais son jeu au piano reste magique. Sa brève apparition à la Philharmonie de Paris en septembre 2016 confirme les inquiétudes. McCoy Tyner est toujours un brillant instrumentiste, mais il est désormais un homme diminué qui se bat contre un mal qu’il n’évoquera jamais. L’ovation que lui réservent les spectateurs ce jour-là est à la hauteur de l’émotion qui le bouleverse. Ce sera sa dernière prestation en France !

Une parcelle de la discographie de McCoy Tyner.
Une parcelle de la discographie de McCoy Tyner. RFI/Joe Farmer

 

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