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Aujourd'hui l'économie

Coronavirus: les syndicats français opposés à l'assouplissement du droit du travail

Audio 03:58
Le Premier ministre Édouard Philippe lors d'une session de questions aux gouvernements, le 24 mars 2020.
Le Premier ministre Édouard Philippe lors d'une session de questions aux gouvernements, le 24 mars 2020. AFP/Jacques Witt

Le chef de l’État français Emmanuel Macron préside une réunion de travail avec les partenaires sociaux, ce 27 mars à Paris. Le Premier ministre, les ministres de l’Économie et du Travail participent également à cet échange en audioconférence. Objectif de l’Élysée : faire le point sur les difficultés rencontrées par les travailleurs et les entreprises et sur les aides auxquelles ils peuvent prétendre. Mais les syndicats en profiteront sans doute pour exprimer leur colère sur l’assouplissement du droit du travail décidé par l’exécutif.

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Une colère provoquée par l'une des 25 ordonnances adoptées pour faire face à l'urgence sanitaire. Des ordonnances qui, d'un côté, viennent concrétiser des aides économiques aux petites entreprises ; qui prolongent la période d'indemnisation des chômeurs en fin de droit. Mais de l'autre côté, possibilité a été donnée aux employeurs d'imposer ou de modifier des jours de congés payés pendant la période de la crise sanitaire. Cela pourra se faire avec un accord de branche ou d'entreprise dans une limite de six jours ouvrables. Les employeurs pourront aussi imposer RTT ou journées affectées sur un compte épargne temps, dans une limite de dix jours au total.

60 heures par semaine

Mais ce qui fait le plus grincer des dents, c'est l'augmentation de la durée maximale du temps de travail. Dans des secteurs jugés « particulièrement nécessaires à la sécurité de la nation ou à la continuité de la vie économique » de la France, la semaine de travail pourra être portée à un maximum de 60 heures contre 48 heures actuellement. Sur une période de trois mois, les salariés pourraient être amenés à travailler un maximum de 48 heures contre 44 heures actuellement. Le temps minimal de repos, c'est-à-dire le délai incompréssible entre deux journées de travail est lui réduit à 9 heures contre 11 heures en temps normal. Le travail de nuit, comme de jour, peut être porté à 12 heures et les possibilités de travailler le dimanche sont étendues.

« Véritable économie de guerre »

Alors, pourquoi ces dérogations au droit du travail ? Le gouvernement fait là encore appel à la sémantique martiale employée à l'envie depuis l'allocution d'Emmanuel Macron annonçant les mesures de confinement. Le droit du travail est « aménagé temporairement pour permettre l'organisation d'une véritable économie de guerre », a ainsi expliqué le Premier ministre Édouard Philippe. Reste que pour l'instant, on ne sait pas exactement à qui cet assouplissement du droit du travail va s'appliquer. Sans doute aux entreprises fabriquant du matériel médical, au secteur alimentaire aussi. Certains salariés étant en arrêt maladie ou contraint de rester chez eux pour garder leurs enfants, les employeurs pourraient compenser en faisant travailler davantage les autres.

En tout cas, cette annonce passe très mal auprès des syndicats. Après avoir fustigé une mesure « outrancière », Laurent Berger, le numéro un de la CFDT a demandé  des garanties.  En réponse, la ministre du Travail assure que « chaque secteur d'activité concerné par ces dérogations fera l'objet d'un décret ». La durée de validité « sera définie » de manière stricte promet-elle encore.

« Une hérésie »

D'autres syndicats se montrent plus sévères. Force ouvrière dénonce une « hérésie », et estime qu'il faut « justement de ménager les salariés mobilisés ». Pour Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT et invité de RFI ce vendredi 27 mars, c'est tout simplement « scandaleux ».

Au-delà de cet assouplissement, ce sont les conditions de travail qui inquiètent syndicats et travailleurs. Pas toujours évident d'appliquer les fameuses mesures barrières sur son lieu de travail. La CGT services publics a déposé 30 préavis de grève de 24 heures couvrant tout le mois d'avril. Cela permet à certains agents d'être couverts s'ils jugent que leurs conditions de sécurité ne sont pas assurées et s'ils ne veulent donc plus aller sur leur lieu de travail. Certains professionnels du bâtiment fustigent la décision du gouvernement de laisser les chantiers se poursuivre.

Quelle protection pour la santé des travailleurs ?

Les salariés d'un équipementier automobile dans le nord de la France ont même déposé plainte pour mise en danger de la vie d'autrui, pendant que le syndicat SUD PTT a assigné la Poste en référé.

Ailleurs en Europe aussi, la colère monte. En Espagne, des syndicats d'Airbus  fustigent la reprise du travail après quatre jours d'arrêt pour permettre la mise en place de mesures de sécurité alors que 138 cas de Covid-19 ont été recensés par la direction.

Mobilisation également de l'autre côté de la Méditerranée. Rome a décidé le week-end dernier de faire cesser toutes les activités productives non essentielles. Mais encore trop de secteurs ou d'entreprises ont été autorisés à rester ouverts aux yeux des syndicats lombards qui ont organisé une journée de grève.

Donald Trump impatient

Dans certains cas, la mise sur pause de l'économie est littérallement remise en cause. Washington a annoncé mi-mars des mesures pour réduire les interactions sociales et professionnelles pendant quinze jours. Mais Donald Trump s'impatiente et souhaite que tout le monde reprenne le travail d'ici le 12 avril. Le président américain estime que le remède du confinement pourrait être pire que le mal. Il faut dire que cette semaine 3,3 millions d'Américains ont fait une première demande d'inscription au chômage, un record et de loin ! Or, les filets de sécurité sociale, certes élargis par le plan de soutien à l'économie, sont plutôt fins aux États-Unis. Néanmoins, Alan Blinder, professeur d'économie à l'université de Princeton, met en garde contre une reprise trop rapide et le risque pour l'économie de subir une seconde vague épidémique.

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