Chronique des matières premières

La faillite du courtier de pétrole singapourien Hin Leong expose les banques

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Une vue du supertanker Pu Tuo San du courtier pétrolier Hin Leong, au large de l'île de Jurong à Singapour.
Une vue du supertanker Pu Tuo San du courtier pétrolier Hin Leong, au large de l'île de Jurong à Singapour. REUTERS/Edgar Su

La compagnie incarnait la réussite de Singapour dans le commerce des matières premières. Mais le courtier pétrolier Hin Leong vient de faire faillite, victime du coronavirus et d’une gestion pour le moins opaque.

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Une société née au moment de l’indépendance de Singapour s’écroule sous le choc du coronavirus. Hin Leong était une compagnie familiale, pas un géant du négoce de pétrole comme Vitol ou Trafigura, mais tout de même une des plus grandes sociétés asiatiques de distribution de produits pétroliers, en particulier de « bunkering », pour avitailler les soutes des navires. Cette activité avait transformé la cité-Etat en escale majeure puis en véritable « hub » des matières premières. Le fondateur Lim Hoon Kuin était milliardaire, on le surnommait OK Lim ou le « loup de Singapour ».

Pratiques frauduleuses sur les stocks d’hydrocarbures

Mais la société spéculait de façon déraisonnable sur le prix des hydrocarbures. Le système a tenu pendant des années. Il a craqué avec l’irruption du coronavirus et le plongeon des cours du brut. Les appels de marge devenaient colossaux. La faillite a forcé le nouveau dirigeant, fils du fondateur, à avouer 800 millions de dollars de pertes, dissimulées dans les comptes. Une enquête est en cours pour fraude, Hin Leong vendait plusieurs fois les mêmes stocks physiques pour obtenir de nouveaux financements bancaires.

Une ardoise dans les banques européennes

Les banques vont devoir éponger une dette énorme, 4 milliards de dollars, prêtés y compris par des établissements financiers européens : HSBC, Société générale, Natixis ou Crédit Agricole. « Toutes les banques qui financent les matières premières sont impliquées, souligne Jean-François Lambert, consultant en gestion de risques dans ce secteur. Elles vont devoir être plus exigeantes auprès des entreprises et des sociétés d’audit. Trois grandes faillites à Singapour en moins de deux ans, Coastal Oil, Agritrade et Hin Leong, ça fait beaucoup. » Et les traders de Dubaï pourraient à leur tour réserver des surprises.

« Les faiblesses se révèlent dans les crises, de l’immobilier en 2008, avec l’affaire Kerviel, du pétrole aujourd’hui, juge Alexandre Baradez, analyste chez IG. La fraude d’Hin Leong était un pari qu’on n’aurait jamais découvert si le baril était resté au-dessus de 50 dollars ».

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