Accéder au contenu principal
Ça fait débat avec Wathi

De la pyramide des âges et des priorités de santé publique en Afrique

Audio 03:59
Gilles Yabi.
Gilles Yabi. Archive de Gilles Yabi

Le défi le plus important pour l'Afrique francophone en matière de santé publique reste le contrôle de maladies néonatales et transmissibles bien connues, nous rappelle Gilles Yabi. À commencer par le paludisme, et le renforcement des systèmes de santé pour faire face à l'augmentation des maladies chroniques non transmissibles. Entretien.

Publicité

RFI : bonjour Gilles Yabi : vous avez beaucoup apprécié une tribune publiée dans le magazine Jeune Afrique et signée par l’écrivain ivoirien Gauz au titre très provocateur : « Le coronavirus n’a plus de vieux à tuer sur ce continent », pourquoi ?

Gilles Yabi : J’ai trouvé que ce texte n’était pas seulement corrosif, ironique et provocateur mais qu’il proposait aussi une lecture plutôt juste de la difficulté d’appréhender la menace que constitue le Covid-19 sur le plan sanitaire en Afrique.

L’auteur pointe notamment la jeunesse des populations africaines comparée à la population des pays européens…

Oui. Voici ce que Gauz dit : « Au 30 mars, en France, l’âge moyen des testés positifs au coronavirus était de 62,5 ans, l’âge moyen en service de réanimation était de 64 ans, et 84 % des personnes décédées étaient âgées de 70 ans et plus. C’est le moment de ressortir la pyramide des âges – souvenez-vous, celle qu’on étudie en classe de quatrième – et de comparer. En France, 20,3 % de la population a plus de 65 ans – c’est 1 habitant sur 5. En Côte d’Ivoire, 3 habitants sur 100 appartiennent à cette tranche d’âge… »

Selon lui, « Nous ne vivons pas le même combat, nous ne faisons pas la même guerre que ceux qui ont travaillé si dur pour que leurs populations vivent le plus longtemps possible en profitant des bienfaits de leur système. Définitivement non. Il n’y a pas de vieux à tuer chez nous... »

Et vous pensez qu’il a raison ?

La différence marquée entre les structures démographiques en Afrique et en Europe est un fait incontestable et cela joue forcément. La jeunesse de la population africaine signifie qu’il y a une proportion beaucoup moins importante des personnes qui pourraient développer des symptômes suffisamment sérieux pour qu’elles se signalent aux structures de santé.

Alors évidemment Gauz force le trait en disant qu’il n’y a pas de vieux à tuer sur le continent. Heureusement, nous avons quelques millions d’aînés sur tout le continent dont nous nous inquiétons de la santé en ce moment, mais c’est clair qu’on est loin de la situation des pays européens. Il faut cependant rester prudent et faire attention à l’importance croissante des Africains urbains souffrant de maladies chroniques qui constituent un facteur de vulnérabilité aux formes graves du Covid-19.

Vous estimez cependant que coronavirus ou pas, les priorités de santé publique devraient rester les mêmes : améliorer les systèmes de santé de manière dans un continent où beaucoup d’enfants et de jeunes continuent à mourir quotidiennement de maladies faciles à soigner…

Tout à fait. Une étude sur les causes de la mortalité et de la morbidité en Afrique francophone, réalisée avant la crise du Covid-19 et publiée dans la revue scientifique réputée The Lancet en mars dernier, apporte des éclairages très utiles.

Les chercheurs ont évalué la charge de morbidité avec des méthodes statistiques robustes dans 21 pays africains francophones sur la période 1990-2017. La bonne nouvelle est que ces pays ont réduit leur mortalité de plus de 45 % depuis 1990, ce qui est significatif et mérite d’être souligné.

Mais parmi les mauvaises nouvelles, il y a le fait que le paludisme, les infections des voies respiratoires inférieures, les troubles néonatals, les maladies diarrhéiques et la tuberculose étaient les cinq principales causes de décès dans la plupart des pays francophones, donc des maladies a priori faciles à soigner.

Un autre résultat troublant est que « la charge de morbidité est dominée par la mortalité », ce qui selon les chercheurs met en évidence l'incapacité des systèmes de santé d'Afrique francophone à gérer efficacement la morbidité au sein de la population, en d’autres termes, leur capacité à maintenir les malades en vie.

Ils concluent en disant qu’« un défi exceptionnel attend l'Afrique francophone où les systèmes de santé sont loin de contrôler le fardeau des maladies transmissibles et néonatales, et ne sont pas encore équipés pour faire face à l'augmentation des maladies chroniques non transmissibles. »

C’est exactement ce que nous disons aussi à WATHI sur l’impératif de réformer les systèmes de santé au-delà des réponses parcellaires et ponctuelles à telle ou telle épidémie.

Référence: Global Burden of Diseases, Injuries, and Risk Factors Study 2017. The Lancet, March 2020

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.