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Fréquence Asie

Dérive autoritaire et tensions communautaires au Sri Lanka, un an après les attentats

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Un an après les attentats qui ont frappé le Sri Lanka, revendiqués par le groupe terroriste Etat islamique, la communauté musulmane est toujours stigmatisée.
Un an après les attentats qui ont frappé le Sri Lanka, revendiqués par le groupe terroriste Etat islamique, la communauté musulmane est toujours stigmatisée. REUTERS/Dinuka Liyanawatte
Par : Eliott Brachet
8 mn

Un an après les attentats qui ont traumatisé le Sri Lanka, avec près de 300 morts et plus de 500 blessés en pleine messe de Pâques, la blessure reste vive. Alors que l’état d’urgence a été décrété face à l’épidémie de Covid-19, les minorités sri-lankaises craignent les dérives autoritaires du président Gotabaya Rajapaksa, largement soutenu par la majorité bouddhiste de l’île.

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Armes en bandoulière et thermomètre à la main, les soldats patrouillent dans les grandes villes du Sri Lanka. Ils contrôlent la température des habitants et font respecter le strict couvre-feu imposé à cause du Coronavirus. Si l’important dispositif sécuritaire rassure certains sri-lankais, d’autres y voient une nouvelle preuve de l’autoritarisme du président Gotabaya Rajapaksa qui vient de dissoudre le Parlement.

Shreen Saroor, est fondatrice de l’ONG Women Action Network. Pour elle, « En ce moment, le pays n’est tenu que par un pilier. Les pouvoirs législatif et judiciaire sont suspendus. Le président gouverne seul, en s’appuyant sur l’armée. Avec la dissolution du Parlement, le président espère remporter une majorité des deux-tiers aux prochaines élections pour abolir le 19e amendement. Un article de la Constitution qui, jusqu’à présent, limitait les pouvoir du président. En fait, il tire profit de la situation actuelle avec le Coronavirus en déployant l’armée et en confinant la population. La gestion de crise au Sri Lanka est politiquement instrumentalisée », analyse Shreen Saroor.

« Des décisions politiques... qui portent à polémique »

Gotabaya Rajapaksa a pris la tête du pays en novembre dernier, six mois après les terribles attentats de Pâques organisés par un groupe islamiste local, affilié à Daech. Un traumatisme pour les 21 millions de Sri-Lankais qui a ravivé les souvenirs de la guerre civile et conduit à la victoire de Rajapaksa.

Cet ancien militaire, connu pour avoir écrasé la rébellion des Tigres tamouls en 2009, s’est imposé sur un programme sécuritaire, précise Delon Madavan, chercheur invité au South Asian Program de l'Université de Cornell. « La sécurité est devenue l’une des préoccupations majeures. C’est ce qui a permis à Gotabaya Rajapaksa d’être élu assez facilement. Depuis, il y a un certain nombre de décisions politiques qui ont été prises qui portent à polémiques, c’est notamment le cas de la nomination d’anciens membres d’état-major de l’armée par le président, qui sont accusés de crimes de guerre et qui du coup soulèvent la protestation de certains membres des minorités ou de la société civile. Gotabaya, en appliquant sa politique, consolide sa base vis-à-vis de l’électorat nationaliste, au niveau de la communauté majoritaire cinghalaise ».

► À lire aussi Les frères Rajapaksa de retour à la tête du Sri Lanka

Les musulmans à nouveau pointés du doigt

Au Sri Lanka, les attaques terroristes de 2019 ont laissé des traces profondes. A l’époque, les hommages aux victimes étaient à peine achevés que des émeutes éclataient contre les musulmans, qui représentent 10 % de la population. La communauté était jugée responsable du drame par certains extrémistes bouddhistes proches du clan Rajapaksa.

Aujourd’hui, même en pleine crise du Coronavirus, les musulmans sont une nouvelle fois pointés du doigt, s’indigne Shreen Saroor. « Les musulmans sont maintenant accusés de porter le virus et de le propager délibérément. C’est ce que les médias et les réseaux sociaux laissent croire. Et les gens regardent ça 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est encore la même discrimination ! Maintenant toutes les minorités sri-lankaises, et pas seulement les musulmans, ont peur. Si l’on écoute les discours de Rajapaksa, ce qu’ils veulent c’est « un pays, une loi, un chemin. » Ici c’est un pays bouddhiste, si vous, minorités, voulez vivre ici alors fermez-la ou alors dégagez car on veut que vous partiez ».

Le gouvernement a décrété l’incinération obligatoire des cadavres contaminés par la maladie. Une décision, contraire aux rites funéraires musulmans qui a été vécue comme une humiliation. Au Sri Lanka, les principales minorités, tamoule ou musulmane, sont inquiètes de la montée en puissance d’un bouddhisme politique, nationaliste, qui les prend pour cibles. Une crainte qui se renforce à mesure que Gotabaya Rajapaksa consolide son pouvoir.

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