Les dessous de l'infox, la chronique

Coronavirus: Donald Trump triche avec les tests

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Donald Trump lors d'un point quotidien sur l'épidémie de coronavirus, à la Maison Blanche, le 20 avril 2020.
Donald Trump lors d'un point quotidien sur l'épidémie de coronavirus, à la Maison Blanche, le 20 avril 2020. REUTERS/Jonathan Ernst

Cette semaine, les États-Unis ont franchi la barre des 61 000 morts du Covid-19 et enregistré un million de personnes contaminées par le coronavirus. Néanmoins, pour Donald Trump, c’est la capacité extraordinaire de son pays en matière de dépistage qui explique le nombre élevé de cas aux États-Unis.

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Ce mercredi, en dépit du nombre record de décès du coronavirus aux Etats-Unis, Donald Trump affichait un motif de satisfaction sur sa page Facebook :

« La seule raison pour laquelle les États-Unis ont dénombré un million de cas de coronavirus c’est que notre dépistage est bien meilleur que dans n’importe quel autre pays du monde. Tous les autres pays sont loin derrière nous pour ce qui est des tests, et c’est pour ça qu’ils présentent bien moins de cas. »

Dans les commentaires postés sous cette déclaration, on pouvait lire le satisfecit décerné au chef de l’État par ses partisans les plus convaincus, profitant de l’occasion pour lyncher les médias qui ne partagent pas ce constat.

Le dépistage, quels éléments de comparaison ?

En fait Donald Trump, en habitué des superlatifs, ne précise pas sur quelle base il fonde son observation. Il semblerait qu’il s’exprime dans l’absolu, sans mettre ses chiffres en rapport avec la population totale des États-Unis. Ce qui ne permet pas, en réalité, de comparer la situation des États-Unis avec d’autres pays, en terme de capacité de dépistage.

Pour vraiment savoir quels sont les pays qui testent le plus leur population, il y a cependant moyen de se consulter les travaux de statisticiens, qui, en compilant les données officielles des agences de santé à travers le monde, ont produit une évaluation du nombre de test pratiqués pour 1 000 habitants. Le graphique publié parle site Statista par exemple, révèle que l’Italie et l’Allemagne sont loin devant les États-Unis, qui eux-mêmes devancent maintenant la Corée du Sud, la France et le Royaume-Uni. Ces données évoluent chaque jour. Mais pour l’heure, il est clair que les États-Unis n’ont pas atteint le niveau de dépistage de pays comme l’Allemagne et l’Italie. Quand l’Italie en était à 30 tests pour mille habitants, les États-Unis en pratiquaient à peine plus de 15, en date du 25 avril.

Tester pour mieux déconfiner

Pour quelle raison le président américain insiste-t-il sur l’excellence du dépistage dans son pays – quitte à forcer le trait ? Outre le fait que cela lui permet – en partie – de justifier un nombre élevé de cas détectés, c’est surtout un argument majeur en vue d’un déconfinement rapide de la population, que ses partisans appellent de leurs vœux. Mais tous les États ne sont pas égaux face au dépistage aux États-Unis.

D’après les chercheurs de l’Institut mondial d’Harvard, cités par l'AFP et Sciences et Avenir, seuls 19 États seraient suffisamment équipés de tests pour procéder à la sortie du confinement dans des conditions raisonnables. Pour les 31 États restants, dont celui de New York, le chemin à parcourir est encore long, même si la semaine dernière a vu une accélération relative du dépistage. En conséquence, de lourdes incertitudes pèsent encore sur le redémarrage de l’économie américaine.

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