Revue de presse Afrique

À la Une: 60 jours...

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Une femme porte un masque dans les rues de Dakar.
Une femme porte un masque dans les rues de Dakar. REUTERS/Zohra Bensemra

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« 60 jours chrono ! », s'exclame WalfQuotidien en première page. Cela fait 60 jours en effet que le coronavirus a fait son apparition au Sénégal et dans de nombreux autres pays d'Afrique de l'Ouest.

« À ce jour, pointe le journal, 1 182 cas de covid-19 ont été déclarés au Sénégal dont 372 guéris, 9 décédés, 1 personne évacuée et 800 malades encore sous traitement. Le ministère de la Santé et de l’Action sociale exhorte les populations au respect strict des mesures de prévention collectives et individuelles. »

En effet, note 24 Heures, autre quotidien dakarois, « la riposte contre le covid-19 est loin de connaitre son épilogue. Et pour cause, le chef de l’État Macky Sall vient de prolonger l’état d’urgence et le couvre-feu sur toute l’étendue du ter­ritoire jusqu'au 2 juin. »

Désarmement sanitaire au Burkina Faso

Au Burkina Faso, au contraire, on tend vers un allègements des mesures contre la pandémie... « En effet, le coup d’envoi de ces allègements en cascade, a concerné le couvre-feu d’abord, relève Le Pays. Initialement prévu pour être observé de 19h à 5h, il a été allégé de 21h à 4h. La deuxième mesure d’allègement significative a été la réouverture du grand marché de Ouagadougou. Celle-ci a été suivie de la réouverture des autres marchés et yaars de la capitale puis ceux de l’intérieur du pays. Avant-hier, c’était les mosquées qui étaient autorisées à rouvrir. Et la probabilité est grande que les maquis et bars et le transport interurbain leur emboîtent le pas très prochainement. »

Commentaire du journal : « Tout laisse croire que le gouvernement, déjà affaibli par la grogne sociale, l’incivisme pratiquement généralisé des populations et la perte notoire de l’autorité de l’État, redoute beaucoup plus la colère des populations que les ravages du covid-19. »

L'Observateur Paalga hausse le ton et parle de « suicidaire désarmement sanitaire : brique après brique, on détruit la digue sanitaire censée nous protéger de vague mortelle, déplore le journal, alors même que les chiffres, au demeurant sous-estimés, n’incitent pas forcément à l’optimisme. »

Pourquoi l'Afrique est moins touchée

En tout cas, 60 jours donc après les premiers cas de coronavirus sur le continent, la maladie semble y progresser plus lentement qu’ailleurs. « Les chiffres sont là, constate Jeune Afrique, le continent ne compte aujourd’hui qu’un peu plus de 37 000 cas recensés (y compris les personnes déjà guéries) et 1 600 décès, contre plus de 3,2 millions de malades et plus de 228 000 morts dans le monde. »

Comment expliquer ce phénomène ? Jeune Afrique avance plusieurs hypothèses. D'abord, « le climat. C’est l’explication la plus couramment avancée. Comme la grippe, le coronavirus serait une maladie qui s’épanouit à la saison froide et supporterait mal la chaleur, la sécheresse, voire une forte exposition au soleil. » Mais attention, les chercheurs restent encore très prudents à ce sujet.

Autre grande explication, « la jeunesse des populations : les médecins confirment que la majorité des cas sévères de covid-19 concerne des personnes de plus de 60 ans, ce qui serait une chance pour le continent, où 60% de la population a moins de 25 ans. »

Il y a aussi d'autres hypothèses, pointe encore JA, comme l'habitat moins dense, les déplacements plus limités entre régions ou pays, l'expérience des épidémies et la protection indirecte d’autres traitements...

Effet protecteur des traitements anti-palu ?

Interrogé par Fraternité Matin, le docteur ivoirien Eric Auguste Koména, spécialiste en santé publique, fait à peu près les mêmes constats... Il évoque la faible densité de la population africaine par rapport à celle de l'Europe de l'Ouest et de l'Asie ; la jeunesse de la population du continent ; peut-être une immunité prééxistante ; et « il se pourrait, affirme-t-il, qu'il y ait un possible effet protecteur des traitements prophylactiques pour le paludisme contre le coronavirus. » Le docteur Koména estime aussi que « la vaccination systématique du BCG déployée depuis fort longtemps en Afrique pourrait expliquer l'immunisation des populations africaines. »

Toujours est-il que la modestie des chiffres continue à étonner, comme le remarque la biologiste congolaise Francine Ntoumi, cité par Jeune Afrique : « Dans certains pays du continent, on mange des chauve-souris, les gens vivent les uns sur les autres… En fait, tout est fait pour que ça explose, mais ce n’est pas le cas. C’est, conclut-elle, aux scientifiques africains de chercher à comprendre pourquoi. »

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